Eloge de la prière

Frères et sœurs, j’ai souvent entendu, et vous aussi sans doute, cette remarque désabusée à propos de la prière : « Il ne se passe rien » et « elle ne sert à rien ». Il est vrai que son efficacité n’est guère perceptible par exemple sur les situations ukrainienne ou gazaoui : la guerre continue, et Dieu en paraît absent ! Lui dont on ne cesse de nous dire qu’il est du côté des pauvres, des malades, des affligés, des oubliés et j’en passe, n’est-ce pas incompréhensible ?

Quand on me fait la remarque que je viens d’évoquer, ma réponse est souvent non pas « pas du tout, vous ne voyez pas », mais plutôt « c’est vrai, vous avez raison ». Je ne fais pas cette réponse pour désarçonner mon interlocuteur, mais parce que je pense que la question est mal posée. La prière y est vue comme une sorte de guichet des réclamations, dont on attend une satisfaction immédiate ou très proche. Quelles que soient les situations, y compris les plus compliquées. Et en Ukraine ou dans la bande de Gaza, elles le sont !

S’il est vrai que l’intercession d’Abraham se présente un peu de la sorte, comme un marchandage, la réalité est différente. Même dans le texte auquel je viens de faire allusion, vous aurez remarqué qu’Abraham s’y prend à quatre reprises pour obtenir ce qu’il demande. Sans être sûr de l’obtenir. Et le résultat n’assure d’ailleurs pas un salut complet pour tous. Nos lectures d’évangile étant en outre morcelées, on oublie que les trois personnages, avant d’être sollicités, ont d’abord été reçus et écoutés par leur hôte, créant un climat de reconnaissance. En vérité, l’intercession d’Abraham est le fruit d’une rencontre longue, insistante, marquée d’abord par l’écoute avant de l’être par la demande.

Frères et sœurs, la prière est d’abord et avant tout une rencontre, un échange patient et vrai dans lequel l’écoute réciproque est primordiale. Ce n’est pas une question de longueur, mais de silence et de paix. Comme le confiait, selon une formule bien connue, un paroissien du curé d’Ars interrogé sur le contenu de ses longues prières : « Je l’avise et il m’avise ». Et comme le dira Jésus aux disciples : « ne rabâchez pas comme les païens ».

Une telle prière n’est pas sans effets. Non parce qu’elle va inévitablement engager un mouvement, apporter une solution immédiate, mais parce qu’elle ouvre, creuse, allège le cœur : de celui qui la prononce comme de celui à qui elle est adressée. Et elle permet alors d’accueillir la volonté de Dieu telle que Jésus nous invite à la demander au début du Notre Père.

Textes : Gn 18, 20-32 ; Col 2, 12-14 ; Lc 11, 1-13

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.