La finalité de toute action

Mes sœurs, chers amis, dans une chanson célèbre de l’année 1965, Henri Salvador affirmait que « le travail, c’est la santé, rien faire c’est la conserver ». Ce propos ambigu serait-il en contradiction avec le message transmis par Qohélet : « Tous les jours de l’homme sont autant de souffrances, ses occupations sont autant de tourments : même la nuit, son cœur n’a pas de repos » ?

La contradiction n’est qu’apparente. Pour Qohélet, comme d’ailleurs pour Jésus dans notre évangile, la question n’est pas de savoir si le travail est bon en soi, mais de connaître la finalité qu’il se propose. La fin du passage évangélique que nous avons entendu est sans appel : « Voilà ce qui arrive (la perte de ses richesses) à celui qui amasse pour lui-même, au lieu d’être riche en vue de Dieu ».

C’est avec raison qu’un vieil ami de la famille dominicaine, saint Thomas d’Aquin, met au premier plan de toute action humaine la « cause finale », qui reprend le « en vue de » de l’évangile. Le sens et la valeur du travail le plus modeste et le plus caché comme celui du plus manifeste ne dépendent pas de sa nature, mais de la finalité qui le porte.

À cet égard, le travail accompli humblement dans une maison, et qui fut longtemps celui de la mère de famille, n’est pas à comparer à n’importe quel autre travail, pas même celui d’un grand entrepreneur aussi célèbre que Bill Gates. Et celui des sœurs, accompli dans l’humilité d’un monastère, vaut celui d’un président de la République. D’ailleurs, on parle encore aujourd’hui, près de 130 ans après sa mort, de l’œuvre de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, une de mes saintes favorites, mais je ne suis pas sûr qu’il en aille ou ira de même de la plupart des grands hommes politiques. Mais peut-être bien des sœurs du monastère de Beaufort, qui sait ?

« Que reste-t-il à l’homme de toute la peine et de tous les calculs pour lesquels il se fatigue sous le soleil ? » Tout dépend de sa finalité ! Pour l’homme en question, peut-être rien. Mais pour ceux de son entourage ou de sa descendance, beaucoup, si du moins il a fait son travail sous le regard de Dieu. N’est-ce pas le cas de Moïse et la raison de son rayonnement persistant ?

Prédication donnée le 3 août 2025 chez les moniales dominicaines de Beaufort.
Textes : Qohelet 1, 2 ; 2, 21-23 ; Col 3, 1-5.9-11 ; Lc 12, 13-21

 

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