Frères et sœurs, vous l’avez sans doute remarqué, notre évangile unit deux enseignements qui ne semblent pas a priori liés. Le premier rappelle que le trésor du chrétien se trouve dans le ciel, tandis que le deuxième enseignement demande de veiller dans l’attente du retour du maître. Le lien est d’ailleurs apparu suffisamment distendu aux responsables liturgiques pour qu’ils proposent une lecture brève qui ne reprend que le thème de la veille.
Mais ces deux récits sont-ils si éloignés qu’ils le paraissent à première lecture ? Il me semble qu’un troisième thème peut les rassembler. Je veux parler de l’espérance, cette vertu théologale vantée par Péguy qui l’estime petite fille, qui joue dans l’ombre de ses deux grandes sœurs que sont la foi et la charité. Je le dis avec les mots si émouvants de Charles Péguy : « La Foi voit ce qui est. La Charité aime ce qui est. L’Espérance voit ce qui n’est pas encore et qui sera… » (Porche du mystère de la deuxième vertu)
Mais que dit de son côté l’Écriture sainte ? La lettre aux Hébreux nous apprend qu’avec l’espérance, nous avons « comme une ancre de notre âme, sûre autant que solide, et pénétrant par-delà le voile », autrement dit dans le ciel. Cette ancre nous a été offerte par la résurrection de Jésus qui a rouvert la porte du ciel fermée par le péché. L’espérance est toujours en haut de nous, elle nous tire vers notre avenir de ressuscité, elle constitue bien notre trésor, fondé en Jésus Ressuscité.
Mais pour nous rattacher au trésor de l’ancre, pour que cette espérance irrigue nos vies sur la terre, il faut nous relier à elle par la corde de la foi. Cette foi vient de nous être magnifiquement évoquée dans la deuxième lecture. Elle a motivé et accompagné toutes les grandes figures de la Bible. Tenir ferme la foi, c’est ainsi que nous nous relions à l’espérance et que nous avançons vers le ciel. Voilà pourquoi Jésus, dans la deuxième partie de l’évangile, nous invite à veiller, à nous tenir sur nos gardes, à « ne rien lâcher » comme on dit aujourd’hui.
Frères et sœurs, comme l’a voulu le pape François, l’espérance est le thème clé de cette année 2025 du Jubilé. Cette petite fille selon Péguy doit être notre moteur de vie chrétienne, surtout dans un monde fermé sur lui-même et qui désespère. Elle est bien ce trésor auprès duquel il nous faut veiller pour qu’il nous garde autant que nous le gardons.
Textes : Sagesse 18, 6-9 ; Hébreux 11, 1-2.8-19 ; Luc 12, 32-48