De Martin Luther King à Barack Obama

Pour beaucoup, ce fut un moment d’intense émotion : je veux parler de l’investiture du président Obama, retransmise en direct tout à l’heure sur TF1 comme sur beaucoup d’autres chaînes du monde entier. Pour ce qui me concerne, j’ai préféré le discours tenu juste après son élection, ou, mieux encore, celui sur la question raciale, remarquable et émouvant, délivré en pleine campagne électorale, que l’on peut trouver sur quelques blogs et en français dans  celui-ci. Je sais que la personnalité et les engagements d’Obama sont contestés aux États-Unis, en particulier par beaucoup de frères dominicains, pour une très large part à cause de son acceptation de l’avortement : mais si je comprends cette réserve, elle ne saurait m’empêcher de reconnaître les extraordinaires qualités d’orateur du nouveau président des États-Unis. Tout homme a plusieurs facettes, et il est injuste de juger à partir d’une seule.

En tant qu’orateur, Obama m’a conduit à redécouvrir celui dont il ne cesse de s’inspirer, par exemple dans l’ordonnancement symbolique de la cérémonie d’aujourd’hui, le célèbre Dr Martin Luther King. Il est mort assassiné en 1968, j’avais dix-sept ans, et je me souviens du choc que fut la nouvelle, au même titre que celle de l’assassinat de John Kennedy, 5 années plus tôt… Le site américain Rhétorique, peu connu à l’étranger parce qu’il ne s’intéresse qu’à la prose américaine, propose un classement des 100 plus grands discours de l’histoire des États-Unis, dont il donne non seulement les contenus, mais aussi, le plus souvent et quand c’est bien sûr possible, la vidéo intégrale : au premier rang, figure le célébrissime I have a dream (tr. fr. Je fais un rêve), de Martin Luther King. Ce discours, que la plupart d’entre nous ne connaissons que de nom, fut délivré sur le même espace que celui de l’investiture d’Obama aujourd’hui.

C’est un monument exceptionnel, d’aucuns disent, et je les comprends, prophétique, au même titre que le fameux  I have been to the mountaintop (tr. fr. Je me suis rendu au sommet de la montagne ; pour le trouver, faîtes des recherches sur Youtube ou Wikipedia, le site Rhétoric ne donnant que le texte et un extrait vidéo) : il s’agit d’une prédication dont le titre fait référence à Moïse montant sur le mont Nébo juste avant sa mort ; or il se trouve que Martin Luther King a été assassiné le lendemain de la délivrance de cette prédication. Truffés de citations ou de références bibliques implicites, telle que celle que je viens d’évoquer, ces discours n’ont pas pris une ride. Bien sûr, ils sont en anglais mais d’une part le site Rhetoric en donne le texte, et surtout Luther King (comme Obama d’ailleurs) parlait avec une diction lente (dix fois plus que la mienne, pour donner un ordre de grandeur) et d’une admirable clarté.

Ces discours nous disent aussi, et peut-être surtout dans le contexte actuel, d’où nous venons (je dis nous, car les États-Unis ne sont pas seuls en cause), et ils éclairent profondément la période que nous vivons. On comprend mieux les références symboliques d’Obama certes, mais aussi l’émotion qui s’est emparée de tant d’hommes et de femmes aujourd’hui. Croyez-moi, ce petit voyage dans le passé vaut le détour.

L’on se rend compte, incidemment, que le conflit entre Blancs et Noirs tel qu’il a été vécu et l’est encore aux États-Unis présente quelques analogies avec le conflit entre Israéliens et Palestiniens. On ne peut qu’espérer que la résolution de ce dernier prendra moins de temps !

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