La voie royale (Dimanche du Christ-Roi)

Lectures : 2 Samuel 5,1-3 ; Colossiens 1,12-20 ; Lc 23,35-43

Frères et sœurs, avez-vous besoin d’un roi ? La première lecture nous indique que ce fut à une époque, certes très ancienne, la requête des Hébreux. Des rois, il s’en trouve encore dans beaucoup de pays, même si leur rôle est souvent symbolique, et l’on pourra discuter sans fin de savoir les avantages ou les inconvénients d’une telle royauté. Mais après tout, peu importe, vous le comprenez tous, ce n’est pas de cette royauté-là que nous parlons aujourd’hui.

Aujourd’hui en effet, il ne s’agit pas de royauté politique, mais d’une autre royauté, celle que le Christ exerce sur l’univers. Autant la royauté politique est contingente, autant la royauté du Christ sur l’univers est nécessaire. Pour le comprendre, il faut revenir à l’origine du monde, comme le fait le texte de saint Paul dans la deuxième lecture, et à son action. L’univers est par essence chaotique, avec toutes les conséquences d’un tel chaos, en particulier l’impossibilité de construire quoi que ce soit : il faut donc une finalité et un principe d’organisation. Et ce fut le rôle de Dieu à l’origine, rôle éminemment royal, que de mettre de l’ordre là où il n’y en avait aucun, de donner du sens. Ce travail, Dieu en a confié à l’homme l’achèvement, en lui permettant de nommer les choses et les êtres. Autrement dit, il a fait de chacun de nous ses collaborateurs dans son œuvre royale.

Frères et sœurs, comme vous le savez, ce travail royal, achevé le septième jour, a été gâté par le péché de l’homme. Ce péché est souvent présenté comme désorientation, on peut dire aussi désorganisation : l’homme ne sait plus à quel saint se vouer, le monde lui échappe, le chaos revient comme un emballement. Et avec lui son cortège de meurtres, d’injustices, dont les pages bibliques sont remplies. Saint Paul nous montre fort bien que le rôle du Christ lors de la rédemption fut tout à fait analogue à celui de Dieu lors de la création, aussi royal que le premier, autrement dit une remise en ordre opérée par la lutte et la victoire sur le péché.

Mais à la différence du premier, ce ne fut pas une œuvre de puissance, dont le péché s’était servi, mais d’une certaine manière une œuvre d’impuissance, de renoncement. Et il n’y a rien qui gêne plus le tentateur que ce refus de puissance. Regardez, ou plutôt écoutez ce que dit l’un des larrons sur la croix, après que les soldats aient fait la même remarque : « sauve-toi toi-même, et nous avec ». Ils attendent tous une œuvre de puissance, à laquelle Jésus se refuse : mais c’est cette impuissance même, ou plutôt le renoncement à la puissance qui était pourtant à sa disposition, qui signe sa victoire et sa véritable royauté. Ah ! frères et sœurs, si tous pouvaient le comprendre autour de nous dans cette région !

Et nous revoilà au cœur de la fête d’aujourd’hui : de la même manière que Dieu avait voulu, lors de la création, associer l’homme à son œuvre royale d’organisation du monde, il veut aujourd’hui, par son fils Jésus et la rédemption accomplie, associer l’homme à son œuvre royale de réorganisation. En lui proposant le chemin qu’a suivi Jésus, « lui qui n’a pas considéré comme une proie à saisir d’être l’égal de Dieu, mais s’est anéanti lui-même, prenant la condition d’esclave, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort sur une croix ». Le voilà le chemin, le seul qui soit à même de vaincre le péché, le chemin de la croix : par lui, Jésus a vaincu le monde, par lui Jésus règne sur l’univers, en le suivant nous serons associés à son règne.

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