L’Eglise des appelés, diversité des vocations (Lc 5,1-11)

Frères et sœurs, quand j’étais enfant, si l’on parlait de vocation chez des garçons, il n’y en avait qu’une, « la » vocation, celle de prêtre : il fallait prier pour qu’elle vous tombe dessus et se réjouir qu’elle ne vous lâche plus. Et si, parmi les enfants, certains parlaient d’être médecin, pompier ou gendarme, il ne s’agissait que de lots de consolation. Eh ! bien aujourd’hui, avec nos trois lectures, je compte cinq récits différents de vocation, celles d’Isaïe, de Paul, de Pierre, Jacques et Jean, et si le dimanche des vocations, et non pas de la vocation, n’existait pas déjà au temps de Pâques, notre cinquième dimanche ordinaire aurait des droits à faire valoir.

Sans doute faut-il rappeler ce que beaucoup d’entre vous savent déjà : étymologiquement, vocation signifie appel, église même signifie « communauté des appelés », et il y a donc autant de vocations que de baptisés. Chacun de nous ici a été appelé par Dieu au baptême, chacun de nous a reçu de Dieu une vocation particulière, et chaque vocation dit quelque chose de ce Dieu qui appelle et de celui qui est appelé. Il n’y a pas une vocation, il y a des vocations, toutes différentes et complémentaires. Voyons ce qu’en disent les lectures de ce dimanche.

Dans le récit de la vocation d’Isaïe, un point ressort clairement, le contraste entre la sainteté de Dieu et le caractère pécheur de ceux qui sont appelés. Isaïe était un pécheur, tout prophète qu’il fût, et Paul fut le persécuteur des chrétiens avant d’accueillir la grâce de Dieu sur le chemin de Damas. Vous le savez bien, mais il faut le redire, l’église de Dieu n’est pas peuplée de saints, mais de pécheurs appelés à devenir des saints.

Car il n’est pas de pécheur qui ne puisse devenir saint, jusqu’au dernier moment de sa vie et je pense ici au fameux larron sur la croix. La raison en est que la sainteté, et donc la conversion qui la précède, ne sont pas le résultat des qualités de chacun, mais des dons de Dieu au même titre que son appel. Nous le voyons bien avec Isaïe, qui est purifié par un mystérieux charbon pris sur un mystérieux autel. Nous le voyons aussi avec Paul lorsqu’il affirme : « ce que je suis, je le suis par la grâce de Dieu ». En d’autres termes, un peu familiers, l’Esprit-Saint fait presque tout le boulot, et c’est plutôt réconfortant !

Quelle sera donc la participation de celui qui est appelé ? Cette question nous interroge nous aussi très directement. Pour le dire avec les mots de Paul, nous devons faire en sorte que « la grâce de Dieu ne soit pas vaine ». Quand Dieu appelle, il appelle en vue d’une mission à accomplir, en l’occurrence pour nous aujourd’hui construire son Église. Le type de réponse qu’il attend de nous est celui d’Isaïe : « je serai ton messager, envoie-moi ».

Cette disponibilité est essentielle, Pierre, Jacques et Jean nous en donnent l’exemple, mais elle ne va pas de soi. Les apôtres n’ont pris aucun poisson, ils doutent de la demande de Jésus mais l’acceptent, et les voilà qui font un joli coup de filet. Désormais, ils seront pêcheurs d’hommes. Ils avaient des barques, des filets, une expérience, dans leur métier traditionnel, comment s’y prendront-ils pour réaliser la vocation que Jésus leur propose ? Ils font confiance à la parole de Jésus, et il ne nous en est apparemment rien dit des moyens qui leur seront offerts. Je dis « apparemment », parce qu’en réalité une indication leur est donnée, comme elle nous est donnée à nous aussi aujourd’hui : pour que la réussite soit au rendez-vous, il faudra que Jésus lui-même dirige la pêche, il faudra obéir à sa parole, et donc y être attentif.

Frères et sœurs, à travers ces récits de vocations, c’est un grand message d’espérance qui nous est transmis aujourd’hui. Que nous soyons grands ou petits, dignes ou indignes, connus ou méconnus, riches ou pauvres, le Seigneur a besoin de nous, il n’y a pas de petite ou de grande vocation : ensemble, nous sommes appelés à construire l’Église. Et dans un monde qui bouge vite, où les repères se perdent facilement, construire l’Église est une tâche nécessaire et exaltante : quoi qu’il en soit de ses faiblesses, qui sont en fait les nôtres, grâce à la parole de Dieu qu’elle porte et transmet, grâce à sa mémoire, grâce à sa présence auprès des pauvres, grâce à Jésus-Christ dont elle est le corps, l’Église sera toujours pour notre monde un asile pour ceux qui pleurent et un phare pour les égarés ou ceux qui doutent. Il dépend de notre disponibilité à l’appel de Dieu et de notre attention à la parole de Jésus que nous contribuions à cette extraordinaire mission : « Seigneur, je serai ton messager, envoie-moi ».

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