Femmes médiatrices de vie

Attentif à l’évolution du rôle des femmes dans notre société européenne, et tout spécialement dans l’Ordre des Prêcheurs où saint Dominique leur avait dès l’origine donné une place de choix à ses côtés à travers le monastère de Prouilhe, je remarque pour m’en réjouir leur très large absence dans le flot d’images guerrières dont se repaissent nos journaux et nos écrans. Je sais bien que, dans certains pays, et dans certaines guérillas, les femmes sont parfois présentes, mais rarement pourtant en « acte de guerre » ; je sais aussi qu’il a existé des Amazones et qu’il en existe peut-être encore sous des formes différentes, qu’il existe une Judith découpant la tête d’Holopherne dans la Bible, et qu’on parle plus volontiers de sorcières, en général vieilles, que de sorciers ; je sais enfin  que dire « les femmes » en général, comme dire « les hommes » en général a quelque chose d’incongru parce qu’aucun individu ne ressemble à un autre. Mais il semble bien que, sauf exceptions, l’association femme/fusil-guerre-mort, n’ait pas bonne presse.

Je n’imagine absolument pas que cela puisse avoir quelque rapport avec cette affirmation éculée selon laquelle la femme serait « le sexe faible » ; je ne vais pas dire non plus, ou même laisser entendre, que la force des femmes réside dans le fait de mettre au monde des enfants et de les éduquer, ou bien encore dans leurs qualités de maîtresse de maison ou de cuisinière. Je pense plutôt au plus profond de moi que leur force, réelle, est au-delà et plus profonde, dans ce qu’il y a de plus essentiel pour elles : elles sont viscéralement associées au don de la vie et à son entretien. Et tout être humain l’atteste par sa seule existence qu’il tient en dernier ressort d’une femme.

Certains lecteurs, s’ils sont arrivés jusqu’ici, pensent que je vais me mettre à dénoncer l’avortement comme une mise en cause radicale et monstrueuse de ce qu’est « la femme » : mais telle n’est pas mon intention, surtout lorsqu’on sait combien les situations particulières, et souvent douloureuses, jouent un rôle majeur dans cette question. Non, la thématique de ce billet est plus large et porte bien sur l’incongruité de l’association femme/mort, qui me pousse à penser que, où que ce soit et dans quelque société que ce soit, les femmes sont d’abord perçues comme donatrices et gardiennes de vie. En d’autres termes, « médiatrices de vie ». Dès lors, si des femmes, conscientes de cette dimension essentielle qui les constitue, avaient toute leur place et non pas seulement celle que les/des hommes veulent bien leur laisser, si elles manifestaient d’abord et avant tout, en tous domaines, la priorité à donner à la vie, avec toutes les exigences et les responsabilités que cela implique et comme elles seules peuvent le faire (gestion/médiation des conflits, ouverture à une parole différente, capacité d’accueil,  etc.), alors ces sociétés auraient toutes chances de perdre une bonne part de leur morbidité. A l’inverse, lorsqu’elles ne peuvent pour quelque raison que ce soit jouer pleinement ce rôle, la société en question se durcit, plusieurs formes de guerre s’y donnent libre cours.

Le pape Jean-Paul II, dans une formule devenue justement célèbre, parlait des femmes comme « des sentinelles de l’invisible ». Si l’invisible renvoie à Dieu lui-même, qui est vie totale et vie donnée, alors cette présentation rejoint celle que je propose de « médiatrices de vie ». Ce que fut au fait très précisément la Vierge Marie.

P. S. Dans son édition abonnés du 30 août 2013, la journaliste Ariane Chemin offre un remarquable article intitulé « Marseille : la cité vous prend votre enfant », décrivant la situation des mères dans les cités. Cet article en dit long, à sa manière, sur ces « médiatrices de vie » complètement bousculées.

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