Pouvoir et savoir prendre de la distance

Je rédige ce billet à la veille d’un séjour de trois semaines en France, dont l’objectif premier sera d’assurer les soutiens nécessaires à l’École biblique pour son avenir. Mais un objectif secondaire apparaît : celui de prendre un peu de distance avec les événements récents. La guerre, je l’ai signalé, n’était ou n’est pas à nos portes, c’est vrai, mais son « bruit », l’atmosphère oppressante qu’elle distille arrive jusqu’à Jérusalem : on se surprend à avoir mal au ventre, on a les tripes nouées, et pas seulement par les images ou les compte-rendus. Je me souviens que le contexte de pauvreté en Haïti, et le sentiment d’impuissance face à cette pauvreté, avaient sur moi un peu le même effet… Alors oui, il faut, si tant est qu’on le puisse, prendre de la distance afin de respirer un autre air.

Je me souviens qu’il y a vingt-cinq ans, ici même à l’École, j’avais demandé à un frère pourquoi il partait aussi longtemps l’été : et il m’avait répondu quelque chose comme « j’en ai besoin ». Les raisons de prendre de la distance semblent bien différentes de celles que l’on peut avoir dans d’autres pays et d’autres conditions, pour faire une retraite dans un monastère par exemple, mais je me demande finalement s’il n’existe pas un trait commun : il me semble que la vie en elle-même, celle que nous connaissons aujourd’hui « après le péché », est intrinsèquement violente, et que nous portons les germes ou les traces de cette violence. On parle de tension, de stress, de révoltes ou de meurtres, ou ici à Jérusalem de guerre, de combats, mais ne sont-ce pas là des expressions diverses, plus ou moins rudes, d’une commune violence de notre monde ? Ne s’échappe-t-on pas pour un temps de Jérusalem comme on fait un temps de récollection, pour respirer ?

Dans cette perspective, s’il est facile de reconnaître qu’il est nécessaire, encore une fois si on le peut et tous ne le peuvent malheureusement pas, de s’échapper d’une ambiance de guerre, il devrait l’être tout autant de reconnaître que des temps réguliers de « break » dans la vie de mes amis de France, d’Europe et d’ailleurs, sont indispensables. Je ne suis pas sûr que les temps de vacances soient les plus utiles et efficaces pour cela : eux aussi portent leur poids de stress. En définitive, de quoi s’agit-il ? Pas seulement de s’éloigner de la violence des autres, mais aussi de se délester de celle que l’on porte en soi, plus ou moins consciemment. A cet égard, il me semble qu’il n’est pas de meilleur remède qu’une rencontre personnelle avec Jésus pour y voir plus clair et s’alléger un peu.

P.S. Au moment où j’achève ce billet, je me mets à regarder le DVD « D’une seule voix », produit par M. Labat de Rossi, venu chez nous pour quinze jours : il s’agit du compte-rendu d’une tournée de chanteurs et groupes israéliens et palestiniens, venus main dans la main se produire en France en 2006. Folle entreprise que M. de Rossi souhaite sans doute renouveler, et dont on ne peut qu’espérer que les récents événements de Gaza ne lui aient pas donné un coup de grâce : tous les moyens d’un dialogue doivent être plus que jamais convoqués, et la musique est sans aucun doute elle aussi un excellent remède à la violence. Et une respiration !

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