Laisser une place aux utopies

J’ai déjà parlé plusieurs fois sur ce blog de notre ami Jean-Yves Labat de Rossi, et de sa folle entreprise, D’une seule voix. Jean-Yves est de retour ces jours-ci parmi nous : il est venu à Jérusalem pour recevoir un prix en récompense de son travail, ce qui a été fait hier soir à la Tour de David, mais aussi, comme il l’a annoncé, pour essayer de donner une nouvelle impulsion à son utopie, en tentant de mettre sur place un concert qui pourrait avoir lieu à la Maison Blanche.

Dans un précédent billet, Lucioles d’espérance, j’avais évoqué les réactions que suscite l’entreprise de Jean-Yves, dont certaines fort critiques. Il est vrai que l’observateur qui passe du temps en Terre Sainte, qui prend de plus en plus conscience de l’impasse dans laquelle s’enfoncent tant d’initiatives de paix dès lors qu’elles ne sont pas relayées par un débat politique, ne peut que s’interroger sur l’opportunité de telles initiatives. Il en vient même à se demander si, ici comme en bien d’autres endroits, le pouvoir politique ne les favorise pas tant qu’elles ne remettent pas fondamentalement en cause ce pouvoir et les situations d’oppression qu’il engendre ; pour le dire autrement, l’observateur finit par se demander si ces initiatives ne sont pas des sortes de hochets, destinés à faire croire à ceux qui les manipulent qu’ils ont quelque chose entre les mains quand en fait ils n’ont rien !

La critique n’est pas sans fondement, les initiatives de paix devraient déboucher sur une prise de conscience politique, seule finalement capable de prendre en compte les situations d’oppression et d’y remédier. Il reste qu’il est bien difficile de savoir a priori quelles initiatives auront un tel effet : je défie les analystes de donner une cause précise à telle ou telle révolution, en particulier celles qui concernent les mentalités. Ensuite, l’idée de faire jouer les protagonistes d’Une seule voix à la Maison Blanche n’est tout de même pas sans dimension politique voulue. En outre, et peut-être surtout, les utopies comme celle qui anime Jean-Yves contribuent à maintenir éveillée l’espérance : ce fut sans doute aussi le rôle précieux joué ici par le mouvement Shalom Arshav, La Paix Maintenant, qui semble malheureusement avoir pratiquement disparu du paysage politico-social israélien. Or, dans une société bloquée où l’espérance disparaît, l’individualisme prend le dessus, la moralité publique se dégrade, la violence renforce son emprise. C’est ce qui se passe à mes yeux dans la société israélienne, et pas seulement chez elle : je pourrais sans doute faire le même constat dans mon pays de France !

Voilà pourquoi, où qu’on soit dans le monde, il faut laisser de la place aux utopies, même si elles paraissent n’avoir que très peu d’effets immédiats sur nos vies et notre environnement.

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