Aimer ses ennemis

croixAimer quand déferle la haine… Peu de temps après Nice, une fois encore, et il y en aura sans doute d’autres, des terroristes ont lâchement frappé : dans une église, un prêtre âgé, Jacques Hamel, qui célébrait la messe, des religieuses et des laïcs qui y assistaient, dans une toute petite communauté ecclésiale. Des innocents (1). A l’heure où j’écris ce billet, on sait que le prêtre a été égorgé, qu’une des victimes lutte entre la vie et la mort. La valeur symbolique de l’acte pendant une messe ne peut être discutée, ils s’agissait de s’en prendre aux chrétiens, aux « croisés » comme disent ces assaillants.

On peut faire mille commentaires à ce sujet, et ils ont commencé de fleurir, en particulier chez les politiques qui ont toujours peur d’être en retard d’une virgule ou d’un souffle. Tant pis, je vais ajouter le mien : pour ma part, j’ai honte. Honte pour ces deux assaillants, tous deux abattus, dont on dit que l’un d’eux avait dix-neuf ans, et qu’il s’en est pris à un homme de 84 ou 86 ans (les informations divergent) ; honte pour la « religion » qu’ils estiment représenter, et dont une grande partie de ceux qui disent la représenter aussi s’élève résolument contre de tels actes ; honte pour ceux qui se servent d’eux pour des motifs qui sont tout sauf religieux, au sens que les chrétiens donnent à ce mot ; honte pour le message de haine qu’ils transmettent… Mais honte aussi, tant pis si je provoque, pour toutes les mises à mort que notre société occidentale a suscitées (ce n’est pas un hasard si le terme de « croisé » ressort) ou suscite encore, car elles aussi sont germes de violences et de haines.

Face à cette haine et cette violence, qui habite les cœurs de ces sans-cœurs, mais les nôtres aussi, il est tentant de se donner le beau rôle et de proposer une réponse symétrique, ou même de faire de la surenchère : ce serait une profonde erreur. Le chrétien attaqué n’a pas d’autre réponse que l’amour, cet amour crucifié qui seul sait dépasser la haine et se déposer au cœur des ennemis.

 » Vous avez entendu qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Eh bien! moi je vous dis : Aimez vos ennemis, et priez pour vos persécuteurs, afin de devenir fils de votre Père qui est aux cieux, car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes. Car si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense aurez-vous ? Les publicains eux-mêmes n’en font-ils pas autant ? Et si vous réservez vos saluts à vos frères, que faites-vous d’extraordinaire ? Les païens eux-mêmes n’en font-ils pas autant ? Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait » (Mt 5,43-48).

Les autorités publiques nous invitent à lutter en s’accrochant à l’unité nationale : sans doute. Mais l’histoire nous montre que s’accrocher à l’amour des ennemis, jusque sur la croix, a toujours eu plus de résultats, au moins à moyen terme. Sans oublier bien sûr de prier pour les victimes, dont la liste, hélas ! ne manquera pas de s’allonger dans les jours ou les mois qui viennent.

P. S. Faut-il le préciser pour éviter toute mauvaise interprétation ? L’amour des ennemis jusque sur la croix n’a jamais signifié l’abandon, la reculade, la mollesse… Il convoque plutôt la vérité, la fermeté, la droiture, l’audace… Il suffit d’ouvrir un évangile, de suivre la vie de Jésus pour le comprendre et s’en inspirer.

(1) Comme me le fait justement remarquer un lecteur, eussent-ils été « coupables », cela n’aurait constitué aucune justification. Mais l’innocence ajoute ici une dimension christique.

10 commentaires à propos de “Aimer ses ennemis”

  1. Il est difficile d’aimer. Pourquoi faut-il que le malheur arrive pour que l’Homme se tourne vers Dieu? Dieu n’est-il pas le Dieu de la joie, de l’amour, de la paix, de la miséricorde? Ses œuvres merveilleuses ne nous montrent -elles pas sans cesse son amour? Comment se fait-il que les oreilles et les yeux du cœur de l’Homme soient aussi bouchées et obscurcis? Je crie vers Dieu ma souffrance et mon tourment. Mon cœur est bouleversé, et je ne peux que redire le paroles que Jésus nous apprises pour nous adresser au Père de tout amour: Notre Père…

  2. Il n’y a rien à ajouter : ce qui gêne dans l’Evangile est la réponse silencieuse au fracas et à l’absurde violence . Ne perdons pas le fil : ce qui se passe n’est pas une manifestion d’un Dieu , ce n’est pas l’islam : c’est l’ oeuvre du diable . Les martyrs sont ceux qui donnent leur vie et non ceux qui prennent la vie d’autrui .La seule réponse adaptée est celle du Christ , chemin à découvert , exposé, aimez vos ennemis … c’est quand je suis faible qu’il est fort .
    Merci Hervé

  3. Merci Hervé pour ce très beau texte;
    une des questions posées est comment concilier l’amour des ennemis sans signifier l’abandon ou la mollesse; en dehors de la réponse fondée sur L’État de droit et son arsenal juridique, la ligne à tenir me paraît difficile et n’est pas , en tout état de cause, la réponse du croyant.
    J’ai , notamment,une pensée pour ce magistrat qui,contre l’avis du Parquet, avait décidé de la mise en liberté de ce jeune: la prison avec tout ce que l’on sait aurait donc été la bonne réponse? quelle tristesse .

  4. « La liste des victimes ne manquera pas de s’allonger », – écris-tu à la fin de ton texte, Hervé- : nous sommes donc tous d’involontaires victimes potentielles et ce n’est pas un choix de notre part.
    Prendre la mesure de cette réalité difficilement contournable, car nous ne sommes pas protégés, donne à chaque instant de la vie, et donc à chaque rencontre humaine, quelque chose d’infiniment précieux.
    Le bonheur de l’échange et de la rencontre me semble plus accessible que l’amour des ennemis que tu prônes.
    Le plus grand ennemi, c’est la folie. Il y a beaucoup de travail à réaliser en amont pour combattre ou juguler la folie. Et cela, d’où qu’elle vienne. Foi, raison, respect de soi et respect de l’autre doivent faire davantage bon ménage.

  5. « Au milieu de l’absurde, il y a la grâce ».

    Et cette grâce, aujourd’hui, je la vois dans ces personnes debout, qui refusent ouvertement le cycle de la violence, je la vois dans cette jeunesse forte qui se retrouve aujourd’hui aux JMJ à Cracovie, et je la vois dans la fraternité et la solidarité entre toutes les communautés.

    Merci Hervé pour ce billet.

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