Le péché du monde

ombre lumière péchéTous les confesseurs en font au moins une fois, et souvent beaucoup plus, l’expérience : voici un pénitent qui annonce d’emblée « mon père, je ne fais pas de gros péchés et, à vrai dire, je n’en vois pas beaucoup que je puisse accuser ». Une de mes réponses est alors la suivante : « quel lumière avez-vous braqué sur votre vie ? Une lampe de poche ou un projecteur de 1000 watts ? Dans le premier cas, vous ne verrez rien du tout, dans le deuxième, vous allez découvrir des tas de poussières, ou de salissures, que vous n’auriez pas vues autrement. Braquez donc, avec l’évangile et dans la prière, la lumière du Christ sur vous, non celle de votre modeste entendement »…

Je ne renie pas cette réponse, qui « éclaire » souvent le pénitent. Mais au mieux, elle lui montrera ses propres péchés, et laissera dans l’ombre tout le « péché du monde », celui-là que porte Jésus selon l’évangile de Jean : « Voici l’Agneau de Dieu qui porte le péché du monde » (Jn 1,29). Et quand l’apôtre Pierre nous dit : « c’était nos péchés qu’il portait lui-même en son corps » (1 P 2,24 ; cf. Is 53,12), il parle lui aussi du péché du monde car, pour le dire avec saint Augustin, Jésus n’est pas cloué sur la croix pour ses propres péchés, pour le coup vraiment inexistants, mais pour ceux du « Christ total », du corps tout entier. Dès lors, si nous voulons vraiment suivre le Christ, il nous faut arriver à reconnaître que le péché n’est pas seulement notre péché personnel, mais aussi le péché d’un Corps entier dont nous sommes les membres solidaires.

Solidaires peut-être, me dira-t-on, mais pas responsables : qu’ai-je à voir avec les exactions de Daesh ou les turpitudes de mes voisins ? Très heureusement rien directement, dans la plupart des cas, mais indirectement, la réalité pourrait être différente : ai-je pris le temps de m’informer, et d’agir à mon niveau, ai-je pris le temps de la prière pour les malheureux massacrés ou pour la conversion des bourreaux ? Ou bien encore, n’ai-je pas, par mon péché personnel, contribué au développement du péché du monde, en donnant le plus mauvais des exemples ?

Lorsqu’on lit la vie des grands saints, un fait m’a toujours frappé : ils ne se croient jamais purs de tout péché. Au contraire, alors qu’ils progressent en sainteté, ils s’estiment de plus en plus pécheurs… En fait, ils se rapprochent de la lumière du Christ, et du Christ lui-même auquel ils sont de mieux en mieux configurés et, avec lui, ils portent moins leurs péchés que celui du monde qui s’affiche en pleine lumière : comment alors pourraient-ils donc se sentir indemnes de tout péché ?

Allons-nous devoir, en ce temps de Carême, gratter en nous et autour de nous pour faire apparaître ce péché qui, trop souvent, nous échappe ? En aucun cas. J’ai parlé d’une lumière qui éclaire pour bien marquer que cette conscience du péché n’est pas d’abord notre oeuvre, mais celle du Christ par son Esprit : c’est en nous rapprochant de Jésus, en vivant pleinement de sa vie que ce qui atteint son cœur atteindra aussi le nôtre.  Sa prière deviendra notre prière : nous n’aurons à en chercher ni les intentions, ni les mots, ils nous seront donnés.

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