Fidélité à toute épreuve

La fidélité peut se manifester de plusieurs manières, mais la fidélité à la parole en est sans doute une expression privilégiée: en tout cas, c’est celle que Dieu montre sans cesse dans la Bible. Nous sommes entrés dans un temps d’élections, d’affirmations, d’audaces, d’affrontements, pas toujours paisibles, mais aussi de reniements : où l’on constate que la fidélité à la parole donnée n’est plus trop la norme de nos politiques et de tant d’autres, pour autant qu’elle l’ait jamais été, ce que je ne crois guère. Non cela n’a rien de nouveau : prenons un peu de champ, pensons aux changements incessants d’alliances entre prétendus partenaires aux temps médiévaux. Prenons encore un peu plus de recul, et nous voici en face de l’apôtre Pierre, toujours prompt à affirmer ou promettre fidélité (Mt 26,33-35), mais reniant son Seigneur dès que le danger se fait pressant (Mt 26,69-75) : le mauvais exemple vient de loin et de haut.

Les promesses, aurait dit Henri Queuille, n’engagent que ceux qui les écoutent : il me semble qu’il ne s’agit plus seulement des promesses, mais plus généralement des paroles comme on le voit trop souvent hélas ! dans nos familles, dans nos relations, dans nos mouvements. Avec les évolutions techniques, la parole, écrite ou orale, prend une place grandissante mais, dans le même temps, elle devient souvent banale, creuse, et facilement mensongère. La dissémination de la parole fait que son origine se perd dans les sables, qu’elle devient invérifiable dans ses assertions, et que sa vérité ne dépend que du nombre de fois où cette parole a été reprise !

Où va donc aujourd’hui se nicher la fidélité ? Certains penseront qu’elle a laissé la place à la « vision », une thématique que j’ai plusieurs fois évoquée et contestée sur ce blog au travers du livre La parole humiliée de Jacques Ellul. Je ne crois que ce que je vois, dit-on volontiers, à  la suite pense-t-on parfois de l’apôtre Thomas : disons en passant que le frère Emmanuel Pisani, dans sa remarquable prédication offerte sur le site des Dominicains de Montpellier, dresse un tout autre portrait de saint Thomas, qui a plus touché que vu. Quoi qu’il en soit, la vue, on le sait aussi, ne prouve rien tant les montages sophistiqués, ou les regards partiels et partiaux, sont capables de travestir une réalité…

fidélitéLa fidélité a-t-elle perdu la partie ? Je n’en crois rien, je crois que son lieu de manifestation privilégié reste la parole donnée et jamais reprise, et j’en vois encore le témoignage marquant chez tant d’amis, et en particulier de couples : et dans ces cas-là, elle est vraiment exemplaire et donne envie d’être suivie. Qu’elle soit difficile, il n’y a pas de doute, mais quand elle est assumée, même au creux des plus grosses vagues, quand elle passe l’épreuve, que de joie ensuite en retour : et pas seulement pour celui ou celle qui en bénéficie, mais aussi  pour celui qui la manifeste.

Il n’est pas d’exemple meilleur et plus connu de fidélité à la parole donnée dans nos évangiles que la parabole de la miséricorde du Père en Luc 15,1-32. Ce Père n’oublie jamais que ce fils, fût-il égaré, reste son fils, et il le lui exprime dès son retour : « mon fils que voilà était mort et il est revenu à la vie ». Quant à ce même fils, la fidélité de son Père à une parole d’amour jamais retirée, fidélité sur laquelle il comptait sans trop y croire, le relève et le remet sur un chemin de fidélité : « Je veux partir, aller vers mon père, et lui dire « Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi, je ne mérite plus d’être appelé ton fils… ». Seul le fils aîné se tient à l’écart. Il est étonnamment le seul à invoquer une fidélité, que son père ne lui conteste en rien, mais qu’en fait il n’a jamais assumée parce qu’il n’a jamais eu encore à l’éprouver : « Voilà tant d’années que je te sers sans jamais avoir transgressé un seul de tes ordres ». Le retour de son frère était une bonne occasion, et il la manque.

Notre passage évangélique est clair : le seul dont on puisse vraiment vanter la fidélité est bien ce Père, qui ne manque jamais à sa parole : « Dieu (est) fidèle », voilà une affirmation que l’on trouve à plusieurs reprises dans la Bible (Dt 7,9 ; 32,4 ; 1 R 8,23 etc.), et cette fidélité est tout spécialement celle qui lie le Père à sa parole. Mais au-delà du Père, toute fidélité à une parole permet à un moment ou à un autre à celui qui est éprouvé et qui accueille cette parole de retrouver la vie.

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