Jeudi-Saint, le service du frère

Frères et sœurs, vous le savez sans doute, la relation des événements du Jeudi-Saint, autrement dit de la Cène, n’est pas la même dans les évangiles synoptiques et chez saint Jean : Matthieu, Marc et Luc nous rapportent tous les trois l’institution de l’Eucharistie, ce dont se dispense totalement Jean qui propose le lavement des pieds (Jn 13). Comme on a du mal à croire que ce dernier, qui d’ailleurs écrit après tous les autres, ait pu être mal informé, force est de penser que son « écart » fut volontaire.

Pain de vie

Il y a sans doute une première raison, c’est que Jean évoque longuement le thème du pain de vie, et donc de l’Eucharistie, ailleurs dans son évangile, au chapitre 6. En voici un extrait qui recoupe clairement le fond du récit des autres évangélistes : « Travaillez non pour la nourriture qui se perd, mais pour la nourriture qui demeure en vie éternelle, celle que vous donnera le Fils de l’homme, car c’est lui que le Père, Dieu, a marqué de son sceau ».

Mais il existe sans doute une autre raison, cette volonté très johannique de compléter, si c’est nécessaire, l’information transmise par les évangiles synoptiques. Dans ces derniers, comme nous le rappelons à chaque messe, Jésus partage le pain et le vin en affirmant devant ses disciples que ce pain est son corps, que ce vin est son sang : ce partage vient non seulement en rappel, mais plus profondément en actualisation de sa mort et de sa résurrection que nous proclamons et dont nous vivons alors jusqu’à ce qu’il revienne.

Bien sûr, par ce geste, Jésus invite ses disciples, et nous-mêmes donc, à agir semblablement, à marcher sur ses traces, à donner leur vie au risque de la perdre. La leçon est claire, mais elle n’est pas facilement imitable, hors le cas du martyre que bien des disciples ont connu et connaissent encore aujourd’hui dans la monde, y compris près de chez nous. Mais la question se pose pour les autres : quelle leçon pratique, s’il m’est permis de parler ainsi, tirer de cette Cène dont nous faisons mémoire le Jeudi-Saint ? Vous le comprenez sans doute, à cet égard, le récit de Jean est très clair et je le résume ainsi : si vous vous lavez les pieds les uns aux autres, avec tout ce que ce geste pouvait comporter de renversement des valeurs mondaines, y compris d’humiliation à cette époque comme la réaction de Pierre en témoigne, alors vous êtes en communion plénière avec Jésus lors de la Cène, alors vous suivez le Christ dans sa Passion et jusqu’à sa Résurrection.

Le lavement des pieds est une réalité qui s’offre à nous tous les jours et pas seulement le Jeudi-Saint ou pour une eucharistie donnée. A condition bien sûr, comme là encore Jésus l’indique à Jean, de la comprendre dans sa valeur symbolique et très actuelle : se mettre aux pieds de son prochain, à tout le moins à son niveau à lui, avec tout ce que cela implique ensuite. Rejoindre le prochain là où il est, non pour lui reprocher sa situation, mais pour l’accompagner dans cette situation.

Je vous invite ce soir à méditer deux passages du Nouveau Testament qui évoquent une telle attitude. Le premier est celui du Bon Samaritain, dont chacun sait ou sent qu’il s’agit d’une figure de Jésus qui va au-devant du prochain, le relève, le soigne. Le deuxième passage se résume en une phrase de saint Paul dans la lettre aux Galates : « Par la charité, mettez-vous au service les uns des autres » (Ga 5,13).

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