Sachons prendre le temps… de la lecture

Quelque peu familier des réseaux sociaux, j’en apprécie la dimension personnelle et vivante, les contacts inattendus et souvent riches qu’ils offrent. Mais je ne cesse de regretter qu’ils s’inscrivent dans un contexte global d’immédiateté, et qu’ils relaient donc trop facilement des informations non vérifiées et des commentaires injustes, voire blessants.

Mon ami Erwan Le Morhedec vient encore de le rappeler à propos d’un prêtre parisien accusé d’homophobie pour avoir, disait-on, refusé d’enterrer une homosexuelle : voilà encore dl’une de ces terribles « fake news« , comme on dit aujourd’hui.  La vérité est tout autre, ce prêtre voulait justement éviter de faire cet enterrement à la va-vite, sans qu’il en sache assez sur cette personne venant d’ailleurs d’un secteur paroissial qui n’était aucunement le sien, ce que les pompes funèbres lui avaient caché… En vérité, face à une situation délicate, ce prêtre avait opportunément voulu prendre de la distance et du temps, et voilà ce qui, indirectement, lui était reproché !

Le temps que nous ne prenons pas, ou plutôt celui que nous n’accueillons pas, parce que le temps nous est donné et n’est pas nôtre, ce temps n’est donc pas du temps gagné, mais du temps perdu. Alors qu’approchent, pour beaucoup mais pas pour tous, les vacances, allons-nous savoir prendre du temps pour nous, pour prier, pour nous reposer vraiment, pour faire silence ? Il le faudrait, il le faut dans un monde qui ne nous laisse guère d’occasions de souffler : puis-je rappeler que le terme pour dire « souffle » est le même en hébreu et grec que celui pour dire « Esprit » ?

Mes lecteurs vont penser que je dévie et déraille, mais je vais quand même introduire une question qui me travaille et qui n’est pas malgré tout sans rapport avec tout ce que je viens d’évoquer : est-ce parce que nous ne savons pas, ou si peu, reprendre souffle que non seulement nous réagissons trop vite et mal, mais aussi que la lecture est devenue une dimension souvent très seconde de nos vies ? Oui, je sais, nous lisons sans doute quelques nouvelles, quelques propos tenus dans des « statuts » ou « posts », quelques articles de journaux, mais je parle d’une autre lecture, qui demande justement distance et temps, celle de la Bible par exemple, mais aussi de quelque bon livre, qui oblige à réfléchir, souvent crayon en main ?

Si la question vous touche comme elle me touche, alors je vais continuer à « dérailler » en vous proposant trois très bons livres pour l’été :

Marianne Durano En premier lieu, je vous propose le livre de Marianne Durano, Mon corps ne vous appartient pas. Normalienne, jeune mère de deux enfants, Marianne a pris une vive conscience, à l’occasion de sa première gestation, du fait que son corps de femme était livrée à la médecine depuis au moins la puberté, comme aucun corps d’homme ne l’est jamais. Pour son bien, dira-t-on, et c’est en partie vrai, mais en partie seulement : elle nous montre fort bien comment les exigences demandées à son corps sont aussi un moyen de l’aligner, et d’aligner plus généralement les femmes, sur des exigences de productivité, typiques d’un monde masculin… C’est clair, bien écrit, souvent cru, et devrait être lu non seulement par les femmes, mais aussi par les hommes, et tous les couples qui se préparent au mariage ou par ceux qui les préparent. Une phrase clé parmi des dizaines : « La pilule et les techniques d’assistance médicale à la procréation libèrent moins la femme que son conjoint et son employeur ».
Xavier Grall Très différent, voici  L’inconnu me dévore, de Xavier Grall. Œuvre d’un auteur très chrétien mort en 1981, aujourd’hui largement inconnu et pourtant excellent romancier et poète, cet ouvrage posthume est une lettre à ses cinq filles, ses « Divines », une sorte de testament sur la vie, ses grandeurs, ses petitesses, de la part de quelqu’un dont on dirait sans doute aujourd’hui qu’il a brûlé la vie par les deux bouts. L’écriture est magnifique, en voici un bref extrait : « Mes Divines, je ne veux pas que la confiance et la tendresse vous désertent. Plus tard, quand du fond de vos peines et de vos détresses, vous toucherez le froid squelette du monde, vous n’oublierez pas que ce même monde s’est vu offrir la laine fertile et miséricordieuse de l’amour ». Comment ne pas penser à Jack Kérouac auquel d’ailleurs on a souvent comparé Xavier Grall ?
Jérôme Cordelier Enfin, et très différent encore, l’ouvrage d’un journaliste du Point, Au nom de Dieu et des Hommes. La grande saga des franciscains, des dominicains et jésuites. L’enquête menée par Jérôme Cordelier est une présentation des trois ordres religieux, dans leur histoire et leurs réalisations, plutôt poussée et de bonne facture, en tout cas pour la partie où je peux le mieux en juger, celle concernant les Dominicains. Laquelle ne fait pourtant que 130 pages d’un livre qui en compte 380. Beau résumé, belle réussite. En cherchant bien, vous retrouverez parmi les personnes interviewées et citées votre serviteur…

 

 

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