Jésus le pain de vie

le pain et les poissonsFrères et sœurs, nous avons commencé aujourd’hui la lecture du chapitre 6 de saint Jean, qui va se poursuivre sur plusieurs dimanches, sur le thème du pain de vie. Et l’on commence bien sûr par les faits, qui sont d’ailleurs largement communs à l’évangile de Jean comme aux évangiles de Matthieu, Marc et Luc : une foule nombreuse, qu’il faut nourrir alors qu’on ne dispose que de cinq pains et de deux poissons ; et le miracle d’une multiplication qui permet de rassasier cette foule, au point même qu’il en reste douze corbeilles.

L’attestation multiple de ce miracle laisse peu de doutes sur son authenticité substantielle. Il n’en est pas moins vrai que chacun l’interprète à sa façon : chez saint Jean, la dimension symbolique est incontournable. Plusieurs indices l’attestent : la situation chronologique, peu avant la Pâque ; bien sûr, les chiffres eux-mêmes, cinq pains qui pourraient bien renvoyer aux cinq premiers livres de la Bible, et les deux poissons qui pourraient évoquer la suite de l’Ancien Testament, les prophètes et les autres livres comme dit le Siracide, toutes les écritures anciennes qui nourrissaient alors le peuple juif ; les douze corbeilles ; ou encore le fait que saint Jean, et lui seul, évoque non une bénédiction sur le pain, traditionnelle dans le monde juif, mais une action de grâces.

Mais c’est surtout la suite du texte, celle qui nous sera lue les prochains dimanches, qui est éclairante sur la lecture symbolique de cette multiplication : par exemple, la réflexion de Jésus à l’adresse des foules qui le poursuivent et voudraient à nouveau être nourries : « Travaillez non pour la nourriture qui se perd, mais pour la nourriture qui demeure en vie éternelle ». Et plus globalement tout le discours sur le pain de vie qui suit l’exposé des faits.

Au-delà donc de la dimension historique de cette multiplication, il faut entendre un enseignement. Bien sûr, nous avons besoin de pain, de la nourriture qui se perd, et trop de pays et de populations souffrent encore aujourd’hui de ne pas en avoir. Mais la nourriture qui se perd ne se réduit sans doute pas dans la bouche de Jésus aux aliments : l’expression pourrait bien désigner aussi tous les aspects matériels de nos vies, auxquels nous attachons une importance démesurée. Et là, en tout état de cause, Jésus a raison de souligner que cette nourriture matérielle ne rassasie pas : la meilleure preuve est le « toujours plus » qui lui est attaché.

Ce qui comble vraiment, et qui ne s’épuise jamais (les 12 paniers représentent une infinité), c’est l’amour du Seigneur pour chacun de nous : il le manifeste aujourd’hui dans des nourritures terrestres, mais cela est bien plus fort dans toutes les rencontres cœur à cœur que chacun de nous peut avoir avec lui. Quand Jésus se donne, n’étant qu’amour, il se donne totalement et nos cœurs, les mystiques et les saints en témoignent, ne sont jamais assez grands pour accueillir un tel don : il déborde, il nous brûle. Nous en sommes transformés, le monde autour de nous en est transformé.

L’eucharistie que nous allons célébrer maintenant constitue l’une de ces rencontres : Jésus s’y donne tout entier, il vient habiter chez nous. Très souvent, je me demande si je suis assez attentif à ce don, si je l’accueille dans les meilleures dispositions possibles : c’est « le pain de vie venu du ciel », c’est un peu de ciel sur la terre, c’est de l’éternité qui vient dans le monde… Prenons un peu de temps pour méditer la grâce qui nous est faite.

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