Tout perdre pour tout gagner…

« Qui veut gagner des millions ?  » Les lecteurs de cet article auront reconnu dans cette question le titre d’une émission télévisée qui « marche très bien ». Bravo, mais qui répondrait non à la question posée ? En vérité, et non pas seulement en prenant la question de haut, d’un air blasé, en disant « mais que vais-je en faire ? » Au-delà des millions, se trouve en effet le verbe « gagner » qui ne laisse aucun d’entre nous indifférent.

Les sociétés technocratiques n’aiment pratiquement que les gagnants, rarement les perdants. Elles nous proposent de gagner notre vie, de gagner nos procès, de gagner une heure ou une minute de notre précieux temps, de gagner au loto, et, pour ceux qui pratiquent l’anglais, elles font appel au « win win » (gagnant, gagnant), jamais bien sûr au « loose loose » (perdant, perdant) qui constitue pour elles un non-sens.

Ce qu’il y a d’extraordinaire dans le christianisme, et de révoltant pour certains, c’est qu’il propose aux disciples de Jésus une sorte de condensé des deux attitudes que je viens d’évoquer, le « loose win » (perdant gagnant), exprimé avec force dans le verset suivant : « Qui veut en effet sauver sa vie la perdra, mais qui perdra sa vie à cause de moi et de l’évangile la sauvera » (Mc 8,35 ; Mt 16,25). Et là, il ne s’agit pas de perdre ou gagner des millions, mais sa propre vie !

Offrir sa vie, la perdre, n’en déplaise aux « euthanasistes » forcenés, ne va aucunement de soi, même lorsqu’on est « rendu à la dernière extrémité ». Je me souviendrai « toute ma vie » de cette rencontre faite à l’hôpital de Garches, alors que j’étais encore étudiant : une jeune fille souffrant d’atrophie respiratoire, branchée à un respirateur artificiel, donc intubée et incapable de parler, membres diminués. Quand j’allais la voir, je la trouvais lisant, grâce à un système ingénieux installé au-dessus de ses yeux, et qui lui permettait de tourner les pages en tournant la tête. Elle ne se plaignait pas, toute sa vie semblait s’être réfugiée dans ses yeux, et quels yeux !!!

Aujourd’hui plus que jamais, la mort étend son règne sur notre monde : les guerres sont innombrables, la violence s’étale partout sous des formes diverses. Face à toutes ces vies éclatées, volées, étonnant paradoxe, le don d’une vie peut faire sens. J’écris « peut faire sens », et non fait sens : car il est des vies données sous forme violente, je pense bien sûr à tous les kamikazes de toutes obédiences, qui n’apportent rien à notre monde, sinon plus de malheur encore.

Dans la phrase d’évangile citée plus haut, Jésus met lui-même une condition : « à cause de moi et de l’évangile ». Une vie donnée est en soi une vie perdue, elle n’est gagnée qu’à condition d’être une vie offerte par amour, sur le terreau d’une foi « à déraciner les montagnes » (Mc 11,23). C’est cette foi animée par l’amour qui est un « plus », et qui donne du sens à la vie donnée, qui est toujours un « moins ».

Un commentaire


  1. Merci Frère Ponsot.

    J’associe votre enseignement  » Tout perdre pour tout gagner » à la prochaine ordination des trois frères de votre région.
    Je les confie au Seigneur et les remercie car par leur exemple ils nous aident aussi à accepter de quelquefois « renoncer » pour « profiter » davantage de l’amour que Dieu.

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