Le désarroi de nombreux internes en médecine

Les internes en médecine et le sens

Long entretien téléphonique avec une amie dont une fille est interne en médecine dans un hôpital d’une grande ville de province. Un hôpital où vient de se suicider un interne après qu’un autre a fait de même un an auparavant.

Je ne connais pas les détails, et j’imagine que l’on invoquera pour ces internes, peut-être avec raison, une faiblesse psychologique ou un désarroi affectif, et donc une simple coïncidence. Ce n’est pourtant pas l’avis de cette amie qui suit de près la vie de sa fille, et qui s’inquiète pour elle aussi : manque de moyens, pressions fortes pour répondre à la demande (on vient de lui retirer sans aucune contrepartie une semaine de vacances sur les cinq dont elle devrait bénéficier), désarroi profond…

Pour mon amie, la pandémie, même si elle a amplifié la charge, n’est pas la vraie ou la seule cause du mal-être, mais plutôt son révélateur et son amplificateur : la crise est bien plus ancienne. Et une hausse de salaires, même si elle est souhaitable, ne résoudra pas le problème.

Car les suicides posent une question de sens. Et pour les plus jeunes générations d’internes, embarquées dans des spirales infernales, laissées à elles-mêmes, invitées sans cesse à la performance devenue le seul critère de la réussite, les moyens de prendre de la distance pour réfléchir et gérer sa vie, de manière moins technique et sans doute plus humaine, manquent.

Dans le monde médical comme dans beaucoup d’autres, mais dans celui-ci qui touche à la vie et à la mort plus que dans d’autres, la question du sens est primordial. Dans ce contexte, comment ne pas remarquer en outre qu’en imposant aujourd’hui ou prochainement, beaucoup plus qu’en offrant, grâce aux développements techniques, plus de possibilités aux pratiques euthanasiques, et plus de temps aux pratiques abortives, on ne favorise guère la compréhension du sens de la vie… et de la mort ?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.