Pas de crédit illimité avec la mort

Qu’est-ce qu’un crédit ? Une forme de report qu’il faudra rembourser un jour ou l’autre. Par ce temps de pandémie, tout indique que l’on pratique le report sans trop se soucier du remboursement. Dans le domaine économique, bien sûr, mais aussi face à la mort !

J’ai déjà parlé tout récemment de la mort. Celle-ci a fait un retour fracassant dans les préoccupations avouées ou cachées de nos contemporains : longtemps oubliée, elle est devenue sujet de réflexion chez certains, d’angoisse chez d’autres. Pour ces derniers, majoritaires, l’attente du vaccin contre le Covid 19 et ses variations, et ses reports, constitue un sujet de tourments. Je les comprends, je ne souhaite envoyer personne à la mort. Mais je ne peux m’empêcher de penser que cette polarisation autour du vaccin contribue, bon gré mal gré, à cacher à nouveau l’angoisse de mort. Plusieurs attendent de ce vaccin une guérison, et tant mieux s’ils l’obtiennent : mais combien d’autres, sans le dire nécessairement, espèrent-ils repousser la mort au loin ?

Or celle-ci ne fait pas de véritable crédit, quoi qu’en pensent ou laissent dire les techniciens et hérauts de l’intelligence artificielle : elle accorde juste un report. Souvent ténu si l’on se souvient que la moyenne d’âge des décès (en présence) du Covid serait de l’ordre de 82 ans. J’écris plutôt « en présence » parce que, comme je l’ai déjà évoqué ailleurs, je suis convaincu que, pour un nombre important de patients, l’on meurt avec le Covid plus que du Covid.

Quoi qu’il en soit, l’une des meilleures manières de faire face à la mort ne serait-elle pas de s’y préparer ? A l’époque médiévale, où plusieurs pandémies ont sévi dont la fameuse peste, les moines avaient coutume de déposer sur leur table de travail, autrement dit sous leurs yeux, un crâne : je ne sais pas avec quelle efficacité. Mais il est sûr que la mort faisait partie de leurs pensées habituelles.

Il ne s’agissait pas alors de morbidité, et il n’en est toujours pas question aujourd’hui. Mais au lieu de fuir la fragilité de nos vies et la réalité de la mort, de les cacher comme tant d’EHPAD hélas ! continuent de le faire au grand dam de nos aînés, il faut y faire face. Non pour se jeter au-devant de la mort comme le font les kamikazes de toutes obédiences, mais pour accompagner ceux qui vont vers elle. Et parmi lesquelles nous nous compterons inévitablement un jour : car la mort n’offre pas de crédit illimité !

P. S. Au moment où je rédige ce billet, je prends connaissance grâce à une amie d’une très remarquable interview d’Anne-Dauphine Julliand, journaliste, maman de quatre enfants dont deux filles décédées d’une même maladie dégénérative :

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