Comment ne pas se sentir découragé ?

Pour celui ou celle qui s’essaie à lire les journaux nationaux chaque jour, le risque est fort de se sentir découragé : les mauvaises nouvelles se multiplient, et quand certaines finissent par disparaître de l’actualité, voilà que d’autres émergent. Je pense à tous les faits de terrorisme ou de guerre plus ou moins larvée. Mais l’exemple fourni par le suivi de la pandémie, plus proche de nous peut-être, est parlant : depuis deux ans, un de nos journaux nationaux au moins, peut-être plusieurs, égrène quotidiennement le nombre des nouveaux cas, des hospitalisés, des décès hospitaliers etc. Et complète par des articles la dimension austère des chiffres. Il n’y en a que pour la pandémie.

Outre que chacun est, ou devrait être, de plus en plus conscient aujourd’hui du caractère discutable d’une grande partie de ces chiffres, et plus encore de leur interprétation, on peut se demander à quoi peut servir cette litanie quotidienne, focalisée sur la pandémie au détriment d’autres questions aussi importantes pour la vie des hommes et du monde : à faire peur ? D’aucuns le disent et ils ont peut-être raison. Certainement, à faire grandir, volens nolens, les raisons d’être découragé.

Dans le contexte français, je vois d’autres raisons de ressentir un tel découragement, par exemple la multiplication de revendications impossibles à satisfaire toutes ensemble, voire même prises une à une, ne serait-ce qu’au plan économique. Oui, nos hôpitaux manquent de moyens, oui les personnels soignants gagnent très mal leur vie, oui les ruraux pâtissent de la centralisation, oui les enfants handicapés et leurs familles continuent de subir des formes diverses d’exclusion, oui… Il est possible de continuer en citant bien d’autres exemples. « L’Etat », ou « le gouvernement », vers qui il est si facile de se tourner en les accusant de tous les maux, ont bon dos.

Il y a donc a priori de quoi être découragé, et l’on ne saurait s’étonner que l’individualisme, le désintérêt pour « la chose publique » (la République en fait !), le communautarisme, la violence, prennent de plus en plus de place dans les esprits et, hélas ! dans les faits. Il me semble impossible de s’en satisfaire, de penser qu’il suffit de « laisser passer l’orage » comme s’il s’agissait d’une simple étape.

On me pardonnera, je l’espère, ma naïveté, mais je ne vois pas comment « s’en sortir » sans passer par quelque renouveau spirituel, par des engagements sur quelques « valeurs fortes », priorisées, que les mots de « liberté, égalité, fraternité » ne suffisent plus à définir précisément. Je prends l’exemple du grand âge : la pandémie a mis au jour l’extrême abandon, couplé souvent à des formes d’exploitation, dont souffrent nos anciens. Alors, comment comprendre que cette « valeur forte » ait fait l’objet d’un rapport publié et salué en 2019, avant d’être abandonné en 2021 sans que rien ne l’ait remplacé, sinon quelques mesurettes destinées à calmer la grogne des personnes concernées ?

Qui va pouvoir mettre en œuvre ce renouveau dont je parle ? Le futur (ou la future) président de la République ? C’est actuellement l’heure des promesses qui, comme chacun sait, n’engagent que ceux qui les écoutent ou y croient. Je suis personnellement sceptique, car je crois que mon pays, comme tant d’autres aujourd’hui, manque de vrais leaders marqués par les épreuves de la vie : l’encombrement des candidatures à la présidence le montre à l’évidence.

Alors découragé ? Non pas, surtout pas chez un disciple de Jésus, et même en l’absence actuelle de tels leaders. Car les grandes œuvres humaines, à les considérer de près, sont le plus souvent le fruit d’engagements initiaux très modestes, fréquemment personnels, qui ont fait « boule de neige » au fil du temps, et parfois à l’insu de ceux qui les ont initiés.

Je pense par exemple à mon saint patron, Dominique, qui a fondé l’ordre des Prêcheurs en 1216, dans un contexte économique et politique très difficile, avant de rejoindre le ciel en 1221. En si peu d’années, comment a-t-il pu fonder un ordre religieux qui a depuis accueilli des milliers de frères, de sœurs, de prêtres, de laïcs, jusqu’à fêter récemment son 800e anniversaire ? Je crois que les deux ressorts d’un tel développement furent et restent l’exercice de la prière et le service de la charité. Ils sont à la portée de tout un chacun.

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