Une vocation à la fois unique et universelle

Combien de fois m’a-t-on demandé d’où je tenais ma vocation dominicaine ? Et combien de fois ai-je répondu : « pour avoir entendu une voix me dire : entre chez les Dominicains ». Une vocation au sens propre, un appel. C’était le dimanche 8 décembre 1974, au début d’une messe, à 11 h 15. Je ne me suis pas contenté de rapporter l’événement oralement à d’innombrables reprises, je l’ai aussi publié, de manière plus détaillée : sur mon blog Proveritate (https://proveritate.fr/2016/03/04/mon-appel-a-entrer-chez-les-dominicains/), article repris dans mon livre « Je suis né plusieurs fois dans ma vie » (BoD, 2020). L’accueil de mes propos, qu’ils soient oraux ou écrits, suscite le plus souvent un accueil poli, mais quelques peu dubitatif.

Pourquoi rappeler cet événement ? Parce que je me dis que ni mes interlocuteurs, ni moi n’en tirons toutes les implications. C’était donc une voix, entrée par l’oreille droite sans ressortir aussitôt par l’oreille gauche, m’appelant à une vocation toute nouvelle : si j’ai pensé, non sans aléas, à une vocation sacerdotale depuis ma plus jeune enfance, au moment de mon appel, je ne connaissais des Dominicains que leur habit blanc, et n’avais jamais rien lu sur saint Dominique. Sur tout cela, il m’a fallu m’informer auprès de quelques amis, dès la messe finie ! Avant de constater, à partir de mon arrivée au couvent de Toulouse et au fil de ma participation à cette vie nouvelle, et de sa découverte, qu’elle m’était parfaitement ajustée.

« Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? » (1 Co 4,7). Tel est sans doute le premier enseignement à tirer de cet appel. Je n’ai pas choisi d’entrer chez les Dominicains, pas plus que je n’ai choisi depuis les différents visages qu’a pris cette vocation. Qu’on ne se méprenne pas, je ne parle pas ici d’un « laisser aller, laisser faire » dans lequel ma volonté ne serait aucunement impliquée : je suis toujours resté maître de mon destin, mais en le laissant ouvert, à l’appel de la vie, à celui de mes supérieurs, dès lors qu’il me semblait se conformer à cet appel premier et me rendre plus proche de celui qui m’avait personnellement appelé. Dieu existe donc, et il parle aux hommes pour les accompagner et les conduire vers la vie. De la manière que j’ai connue, mais aussi de beaucoup d’autres.

Pour le bibliste que je suis devenu au fil du temps, cet appel me propose un deuxième enseignement. Il me fait accueillir autrement le récit des songes ou des vocations tels qu’on en trouve à foison dans les textes bibliques, ou tels que certains m’en rapportent aujourd’hui. La vocation de Gédéon, certes, puisqu’elle a joué un rôle direct dans l’appel du 8 décembre (voir le récit détaillé que j’en ai fait), mais aussi parmi d’autres l’annonciation de la Vierge Marie. Non, je ne suis pas surpris qu’un ange, quelle que soit sa forme, soit intervenu inopinément dans la vie d’une jeune fille de Galilée, nullement préparée à un tel événement. Avec les conséquences incroyables que l’on sait.

Je connais l’une des raisons du doute plus ou moins affiché de mes interlocuteurs à l’écoute de mon récit :  » cela est bien beau, mais je ne suis pas concerné ». Je pense qu’il n’en est rien et c’est pourquoi j’ai évoqué, dans le titre de ce billet, tout à la fois la particularité de cet appel, et sa dimension universelle. Si la particularité de cette vocation est incontestable dans la forme qu’elle a connue, l’universalité est bien présente dans les conséquences que je viens d’évoquer : Dieu parle, et de manière souvent très directe, et il nous tire vers le bien, en particulier l’accomplissement de nous-mêmes. Et il le fait pour chacun de nous, de manière adaptée, à condition que nous lui prêtions attention. Car, respectueux comme il l’est de notre liberté, sa parole n’est souvent que « le bruissement d’un souffle ténu » (1R 19,12).

Face à ce Dieu de lumière et de vie, les idoles de notre temps, fussent-elles différentes de celles évoquées dans l’Ancien Testament, encore que la quête de l’argent, ou du pouvoir ou du plaisir personnels, soit de toutes les époques, ces idoles donc sont parfaitement muettes et nous conduisent sur des chemins de traverse. Et je souffre pour ceux qui s’y laissent prendre, et invitent d’autres à les suivre. Il n’est que temps d’ouvrir nos cœurs pleinement au Dieu véritable, celui dont Jésus-Christ est venu témoigner, son Père et notre Père.

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