Mes sœurs, chers amis, on ne connaît pas beaucoup de « prophète de bonheur », à savoir même s’il en existe. En revanche, comme si la vie terrestre était faite surtout de drames, les « prophètes de malheur » sont légion. Jérémie fut de ceux-là. Bien malgré lui parce que certaines pages de sa vie, telles les Lamentations, montrent qu’il n’a vraiment pas cherché à remplir ce rôle qui lui a causé de nombreux tourments. La première lecture vient d’en évoquer quelques-uns.
À vrai dire, aucun prophète n’est de malheur ou de bonheur. Le terme prophète veut dire littéralement « celui qui parle au nom de quelqu’un», Dieu en l’occurrence. Le vrai prophète, parce qu’il en existe quantité de faux, est le porte-parole de Dieu, son propos est celui de Dieu. Dont il épouse non seulement les paroles, de bonheur ou de malheur, sans qu’il y puisse rien mais dont il subit les conséquences. Tel fut justement le sort de Jésus dont la lettre aux Hébreux nous dit : « Renonçant à la joie qui lui était proposée, il a enduré la croix en méprisant la honte de ce supplice, et il siège à la droite du trône de Dieu. »
L’évangile de ce jour représente une excellente illustration de la condition prophétique. On aurait pu attendre de Jésus qu’il mette en lumière son rôle de réconciliateur, de pacificateur, ce qu’il fut aussi, mais c’est tout l’inverse qui nous est rappelé : il est un prêcheur de division. Non pas qu’il l’eût cherché, mais comme une conséquence de la parole de vérité que lui confie son Père.
Dans un passage de la lettre aux Hébreux, différent de celui que nous avons entendu en première lecture, il nous est dit : « la parole de Dieu est efficace et plus incisive qu’aucun glaive à deux tranchants. Elle pénètre jusqu’au point de division de l’âme et de l’esprit, des articulations et des moelles, elle peut juger les sentiments et les pensées du cœur ». C’et ce qui fait sa force, mais aussi le plus souvent son rejet.
Un chanteur, Guy Béart, avait exprimé sa préoccupation dans une célèbre chanson qui résonne encore souvent dans mes oreilles : « Le premier qui dit la vérité, il sera exécuté ». Si, comme je le crois et comme je pense nous le croyons, cette vérité est au premier chef celle de la parole de Dieu dite par le prophète, le sort de celui-ci est scellé.
Frères et sœurs, « puisse tout le peuple être prophète » souhaitait Moïse. Comme je viens de le rappeler, ce n’est pas un rôle toujours enviable, mais il en faut pour que la vérité soit annoncée. Et c’est Dieu qui en décidera pour chacun de nous.
Textes : Jérémie 38, 4-6.8-10 ; Hébreux 12, 1-4 ; Luc 12, 49-53
Merci frère Hervé pour l’éclairage d’une phrase de l’évangile que je ne saisissait pas (renonçant à la joie). Avec une focale portée sur la fonction de prophète, j’ai bien compris le sens. Comme tu le dis, sachons porter la Parole de Vérité pour ce monde.