Mes sœurs, chers amis, si dans la première lecture comme dans l’évangile, le terme Église, d’ailleurs très rare dans le Nouveau Testament, n’est pas employé, avec la mention de rassemblements, celle-ci semble être quand même le sujet implicite de nos textes. Je voudrais donc vous dire quelques mots de cette réalité très contrastée et si tourmentée aujourd’hui.
Dans un premier temps, sans doute faut-il souligner que cette réalité n’est pas un open bar ouvert à tous les vents. Vous connaissez tous sans doute un slogan concernant l’Église qui a connu ou connaît encore une grande notoriété, : « Hors de l’Église, point de salut ». Il a une vieille origine, Cyprien de Carthage au IIIe siècle. Ce slogan semble correspondre à l’exigence de notre évangile : « Efforcez-vous (plus précisément, combattez) d’entrer par la porte étroite, car, je vous le déclare, beaucoup chercheront à entrer et n’y parviendront pas » ?
Nous sommes donc prévenus qu’accueillir le salut donné par Jésus n’est pas automatique. Le terme Église, tant en hébreu qu’en grec, provient d’un verbe qui veut dire appeler. Oui, tous les hommes sont appelés, mais tous ne répondent pas présents. Pensez à la parabole du banquet où nombre d’invités se dédisent pour des raisons diverses.
Dans un deuxième temps, ces restrictions semblent assez surprenantes, en regard de ce qu’annonçait le prophète Isaïe : « Je viens rassembler toutes les nations, de toute langue ». Faut-il donc mettre à l’écart du salut en Christ les non-chrétiens, athées, Juifs ou Musulmans, du fait qu’ils ne confessent pas explicitement Jésus mort et ressuscité ? Ne faut-il pas plutôt comprendre que le salut donné en Christ à une dimension plus large qu’on ne l’a longtemps pensé, dans le prolongement d’ailleurs de la prophétie d’Isaïe.
En vérité, c’est bien le Christ qui, directement ou indirectement, nous offre le salut, mais ce salut ne s’arrête pas à ceux qui confessent explicitement son nom. De nombreux théologiens, tel le dominicain de renom et futur cardinal, Yves Congar ont repris la question et contesté pour une part le « Hors de l’Eglise, pas de salut« . Partant de textes tel que celui de la lettre aux Romains où il est dit que chacun sera jugé « selon ses œuvres » (2,6), ou d’un passage de la deuxième lettre à Timothée dans lequel sont mis en avant les comportements (4,14), Congar souligne que le salut donné dans et par l’église du Christ ne se limite pas à ceux qui le confessent explicitement. Il est aussi donné par « l’intention morale ou de foi », ce sont ses mots, qui oriente et préside une vie.
Dans un troisième temps, il nous faut donc nous interroger nous aussi. Chrétiens rassemblés en Église, nous confessons le Christ, nous allons le redire dans quelques instants. C’est très important, mais cela peut ne pas suffire. Pensons à de nombreux avertissements, tel celui de Luc que nous venons d’entendre 13,25-27 : « Dès que le maître de maison se sera levé et aura fermé la porte, et que, restés dehors, vous vous serez mis à frapper à la porte en disant: Seigneur, ouvre-nous, il vous répondra: Je ne sais d’où vous êtes. Alors vous vous mettrez à dire : Nous avons mangé et bu devant toi, tu as enseigné sur nos places. Mais il vous répondra: Je ne sais d’où vous êtes ; éloignez-vous de moi, vous tous qui commettez l’injustice« .
Interrogeons-nous sur l’orientation que nous donnons à notre vie, sur le principe qui la guide. Devons-nous nous poser la question dès aujourd’hui ? Mais oui, dans la mesure où chaque eucharistie constitue une anticipation du banquet auquel nous sommes invités dans les cieux : puissions-nous nous revêtir de la robe blanche de la charité.
Textes : Isaïe 66, 18-21 ; Hébreux 12, 5-7.11-13 ; Luc 13, 22-30