La folie des grandeurs

Frères et sœurs, quand j’entends dans la première lecture « Plus tu es grand, plus il te faut t’abaisser », je vois aussitôt une image, celle de mon frère aîné qui, comme bien d’autres personnes approchant les 2 mètres, se baisse pour parler à quelqu’un ou pour passer certaines portes ! Ces personnes ne souhaitent que rarement de telles grandeurs. C’est le contraire. Je me souviens très bien qu’il a fallu à mon frère bien du temps pour accepter cette particularité, qu’il aurait préféré ne pas présenter.

Bien sûr, notre texte vise la considération, une situation humaine morale où la taille n’est pas en jeu. A l’inverse du cas que je viens d’évoquer, toutes les grandeurs attachées à la considération, qu’elles soient fondées sur la puissance, la richesse, la force, la notoriété, sont plutôt bien accueillies, au point même chez plusieurs de vouloir en repousser sans cesse les limites.

Vous me direz : serait-ce donc répréhensible alors que, selon un adage patristique, « Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu ! » Ce qui traduit une vraie grandeur de l’homme. Mais alors, que l’homme devienne vraiment Dieu ! Selon l’exemple qu’en a donné Jésus : par l’amour, la modestie, la pauvreté. Ou bien encore, si je m’en tiens à l’évangile de ce jour, par « la pratique de la justice, de la miséricorde et de la fidélité ».

Comme nous avons récemment fêté saint Louis, une nouvelle image me vient à l’esprit, bien connue de beaucoup d’écoliers. Sur cette image, notre saint rendait la justice, très modestement, sous un chêne à Vincennes. Je ne sais pas quelle est la part de vérité de cette histoire, mais je suis sûr qu’elle prend en compte l’humilité de ce saint, et illustre bien comment saint Louis a choisi l’abaissement et non la folie des grandeurs. Avec ces grandeurs, il suffit souvent de commencer à en avoir un peu pour en vouloir toujours plus. Ce ne fut pas je crois le cas de saint Louis.

Frères et sœurs, on ne résiste à cet appétit vorace que par une ascèse qui se cultive dans les petites choses pour être assumée dans les plus grandes. Quand je vous dis « petites choses », je pense par exemple à la fierté. A priori, elle est bonne et peut être parfaitement justifiée : pensons à la réussite à un examen, la naissance d’un enfant, et j’en passe. Mais elle peut devenir fierté orgueilleuse, sans aucune référence à autrui. La fierté doit toujours être accompagnée de l’humilité.

Attention ! L’évangile ne nous invite pas à nous mépriser ou rabaisser, mais bien à nous ajuster à notre véritable grandeur d’enfant de Dieu. Ce qui suppose le plus souvent de s’abaisser plutôt que de se grandir. Exactement comme l’a fait Jésus qui n’a pas considéré comme une proie à saisir d’être l’égal de Dieu, mais s’est abaissé jusqu’à la mort. Il n’a jamais cherché sa gloire personnelle, mais l’obéissance filiale à la volonté de son Père qu’il consultait sans cesse. À son exemple, nous nous tournerons tout à l’heure vers Notre Père en lui redisant : « que ta volonté soit faite ».

Textes du 22e dimanche année C :  Siracide 3, 17-18.20.28-29 ; Hébreux 12, 18-19.22-24a ; Luc 14, 1.7-14

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