Le premier meurtre : Caïn et Abel

Daniele Crespi
Daniele Crespi

Le premier meurtre, celui d’Abel par Caïn, est évoqué en Genèse 4, aussitôt après la première faute, celle d’Adam rapportée en Genèse 3 : l’auteur veut manifestement signaler ce meurtre primordial, et finalement tous les meurtres commis depuis, comme une conséquence du péché d’Adam.

Rappelons-en les circonstances d’après le texte biblique. Caïn et Abel sont deux frères : Caïn est l’aîné, cultivateur de profession, Abel étant pasteur. Alors que l’un et l’autre offrent des sacrifices à Dieu, l’offrande d’Abel est agréée, mais celle de Caïn refusée : ce refus déclenche, malgré les tentatives d’apaisement divin, l’ire de Caïn qui tue son frère (Genèse 4,8). Le texte est aussi brutal et sommaire que l’action elle-même : il fait un constat, il n’explique ni ne justifie rien. L’interprétation est au gré du lecteur et.. de sa connaissance des textes bibliques.

La question immédiate qui vient à l’esprit du lecteur concerne l’attitude de Dieu : pourquoi a-t-il agréé l’offrande d’Abel et pas celle de Caïn ? L’explication par la dimension pastorale ou agricole paraît très faible. Mais faut-il une explication ? Comme le lecteur de la Bible ne cesse de le vérifier, « l’arbitraire de Dieu » court au long des pages, ou du moins ce qui apparaît comme arbitraire aux yeux des hommes : par exemple, à plusieurs reprises, le choix du plus jeune aux dépens du ou des aînés. Isaac plutôt qu’Ismaël (Genèse 21) ; Jacob plutôt qu’Esaü (Genèse 25,23) ; David plutôt que ses sept frères (1 Samuel 16) etc. Rien ne dit en fait que ce choix soit vraiment si arbitraire et que Dieu n’anticipe pas un avenir connu de lui seul : nous qualifions d’arbitraire ce qui est hors de notre connaissance.

Mais surtout, accepter cet apparent arbitraire est le signe d’une véritable obéissance à Dieu : si Adam et Ève avaient agi ainsi, en respectant le commandement « sorti de nulle part », le premier péché n’aurait pas eu lieu. Ni non plus le meurtre d’Abel si Caïn avait fait de même…

La paix n’est pas soumission aveugle, elle est reconnaissance humble d’un Dieu dont l’entendement nous dépasse.

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