L’homme est un loup pour l’homme

Homo homini lupus : « l’homme est un loup pour l’homme ». Cette affirmation de Plaute a traversé les siècles, sans doute en raison de son incessante actualité : elle a bien des raisons d’être reprise en cet été 2015, sauf pour ceux qui croient encore au mythe du bien inné et/ou du bon sauvage…

Homme loupLes effrayantes exactions de l’Etat islamique, encore appelé Daech, qui tue et décapite à tours de bras, les goulags et procès truqués persistant en Russie (70.000 internés, la plupart du temps torturés), quoi qu’en dise Vladimir Poutine,  les enrôlements forcés d’enfants dès l’âge de 10 ans ou moins pour brûler des villages, avec tous leurs habitants, ou pour devenir, côté fille(tte)s, des esclaves sexuels dans l’Armée de résistance du Seigneur (!!!) de l’épouvantable Joseph Kony en Ouganda, tout concourt à montrer un monde profondément malade : ce ne sont là que de « modestes » exemples, il faudrait des pages et des pages pour dire toute la sauvagerie de notre monde. Oh ! bien sûr, on dira qu’elle a toujours existé, et qu’elle n’apparaît peut-être plus terrible aujourd’hui que du fait de la médiatisation planétaire : inutile de dresser une stupide échelle des horreurs, cette sauvagerie reste toujours largement partagée et insupportable

Elle l’est d’autant plus qu’il apparaît presque impossible de la combattre, a fortiori de la résorber, sauf à attendre qu’elle s’éteigne d’elle-même. Telle était la réflexion d’un ecclésiastique dans un douloureux reportage de La Chaîne Parlementaire (LCP) sur Joseph Kony : « les mangues finissent toujours par tomber quand elles sont mûres ». Oui, certes, mais en attendant, ce sont des milliers et des milliers d’enfants, de villageois, qui attendent depuis des années leur délivrance, sans que rien ne vienne : les morts, on parle de 100.000 en 25 ans dans le cas évoqué, ont attendu en vain un secours, venant de Dieu ou des hommes…

Ce sentiment d’impuissance, cette sensation confuse, et sans doute fondée, de porter quelque chose en nous de cette « sauvagerie » (le péché ?), génèrent « l’indifférence généralisée » dont parle le pape François à propos des migrants, et que j’ai déjà évoquée dans un article antérieur, mais qui se révèle aussi dans toutes les situations évoquées plus haut. Comment la dépasser, si tant est que cela soit possible ?

1. Selon la suggestion du pape François, le chrétien est invité à prier sans cesse pour la consolation des victimes, mais aussi pour le changement de cœur des bourreaux. Le chrétien doit, selon les propos du prophète Isaïe, « tenir en éveil la mémoire du Seigneur » (62,6) : c’est un rôle d’intercesseur plus que jamais indispensable et d’actualité, même si les effets n’en sont pas perceptibles à nos yeux d’hommes.

2. Il faut aussi, si l’occasion en est donnée, venir en aide à tous ceux qui sont victimes de ces barbaries. L’aide financière est souvent requise, mais elle n’est pas la seule à envisager : informer, dénoncer sont d’autres modes d’intervention qui peuvent se révéler très efficaces. Sans doute ici, pour avoir plus d’impact et de résultats, faut-il se joindre à des groupes et mouvements nationaux ou internationaux.

3. Mais on doit aussi aller plus profond, tenter d’analyser  et de réduire les causes de ces violences. Les injustices économiques et sociales sont à considérer bien sûr, mais aussi, plus dissimulée mais non moins présente, l’inflation du mensonge et de la manipulation : contre cela aussi, même à un tout petit niveau, il faut lutter, en soi et autour de soi. En effet, le mensonge colle toujours à la peau des agresseurs, incapables de faire face à l’horreur de leurs actes, même après qu’ils aient pris fin : c’est ainsi que des jeunes de 15 ou 16 ans, anciens membres de l’Armée du Seigneur, confiaient « être détruits dans leur tête », longtemps après s’être échappés de l’enfer, tant la vérité leur fait mal. Au point que les grandes organisations humanitaires ont choisi, avec raison, de les classer parmi les victimes et de les traiter comme telles, plutôt que d’en faire des agresseurs.

Tout cela peut paraître mince, et finalement vain. On en revient toujours à la légende du colibri évoquée par Pierre Rabhi :

« Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés, atterrés, observaient impuissants le désastre. Seul le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu. Après un moment, le tatou, agacé par cette agitation dérisoire, lui dit : « Colibri ! Tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ! »

Et le colibri lui répondit :« Je le sais, mais je fais ma part. » »

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