Aujourd’hui

Aujourd'huiRelayant sur la page Facebook des Dominicains de Montpellier le dessin ci-contre, je faisais remarquer qu’il rejoignait une conviction biblique fondamentale, celle de l’importance de l’aujourd’hui, et j’évoquais à ce sujet Mt 6,34 :  » Ne vous inquiétez donc pas du lendemain: demain s’inquiétera de lui-même. A chaque jour suffit sa peine ».

En fait, j’aurais pu multiplier les citations, à commencer par le fameux « aujourd’hui » du Psaume 95 (« aujourd’hui, ne fermez pas votre cœur… »), ou en débordant sur le « maintenant » du salut chez saint Paul qui n’est qu’une forme de cet aujourd’hui : « maintenant, sans la Loi, la justice de Dieu s’est manifestée » en Rm 3,21, ou « Il n’y a donc plus maintenant de condamnation pour ceux qui sont dans le Christ Jésus » en Rm 8,1. Pensons aussi à la parabole de l’homme riche qui ne pense qu’à agrandir sa fortune et créer de nouveaux greniers, et auquel il est dit : « cette nuit-même on va te redemander ton âme » (Lc 12,16-21).

Vivre aujourd’hui, vivre l’aujourd’hui. Écrire ces mots, c’est aussi penser au sublime poème de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, intitulé Rien que pour aujourd’hui, et dont voici la première strophe (mais qu’il faudrait citer tout entier) :

« Ma vie n’est qu’un instant, une heure passagère
Ma vie n’est qu’un seul jour qui m’échappe et qui fuit
Tu le sais, ô mon Dieu ! pour t’aimer sur la terre
Je n’ai rien qu’aujourd’hui !… »

Et pourtant, qui d’entre nous n’est pas sans cesse à penser à la minute d’après, à l’heure d’après, au jour d’après ? Nous courons après le temps sans jamais, bien sûr, le rattraper. Et en vivant sans cesse dans un futur non maîtrisable et non maîtrisé, on s’empêche de vivre le présent avec toute sa force. Cela semblera peut-être légitime pour tous ces parents d’enfants malades ou mourants, que j’ai déjà évoqués plusieurs fois sur ce blog, et qui sont en droit d’attendre mieux pour leur enfant que cet aujourd’hui qui les meurtrit. Pourtant, le paradoxe est qu’eux aussi l’affirment : l’avenir est si incertain que le moment présent est le plus important. Une citation du professeur Jean Bernard, reprise et popularisée par Anne-Dauphine Julliand dans son livre Deux petits pas sur le sable mouillé, le dit excellemment : « Il faut ajouter de la vie aux jours, lorsqu’on ne peut plus ajouter de jours à la vie ». Et la même Anne-Dauphine, commentant son merveilleux film Et les Mistrals gagnants (vu en avant-première à Montpellier, parution nationale le 1er février) qui décrit la vie quotidienne de cinq enfants malades, parle d’un hymne à la vie « qui nous invite, nous adultes, à vivre comme eux l’instant présent ».

Pour un chrétien, cet aujourd’hui est d’autant plus important que le Seigneur l’habite, même lorsqu’il se vit dans la souffrance ou la peine, et peut-être même plus particulièrement dans ces situations-là que le Seigneur Jésus a prises en lui sur sa croix. Et le Seigneur l’habite d’autant plus pleinement qu’il est venu prendre notre chair, déployer sa vie dans notre temps, en connaître les peines, les joies, les limites et les grandeurs. Notre temps est en fait le sien, chaque instant est en fait le sien, et nous.. perdons notre (?) temps à aller le chercher ailleurs que dans notre aujourd’hui. Comme l’avait si bien compris la petite Thérèse.

Une réponse à “Aujourd’hui”

  1. Merci Hervé pour ce beau et juste billet.
    c’est amusant car c’était excatement le message des voeux de la directrice de l’école de nos enfants aujourd’hui. Ne plus se soucier du passé, ne pas s’inquiéter de l’avenir, vivre le présent, pleinement

    quelqu’un me faisait remarquer il y a qq années que les deux moments pour lesquels nous prions la Vierge Marie dans le « Je vous salue Marie » sont les deux moment les plus importants de nos vies « Maintenant et à l’heure de notre mort ».

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