Les anges à la rescousse dans les tentations

Frères et sœurs, chers amis, quelle que soit l’année, le premier dimanche de Carême nous propose le récit des Tentations de Jésus. Mais à la différence de Matthieu et de Luc qui bénéficient certainement d’une tradition propre sur le sujet et sont relativement explicites, Marc ne dit rien de la nature des tentations et se montre d’une extrême concision : « l’Esprit pousse Jésus au désert et, dans le désert, il resta quarante jours, tenté par Satan. Il vivait parmi les bêtes sauvages, et les anges le servaient ».

Cette sobriété n’a pas que des inconvénients et peut s’interpréter de plusieurs manières. Elle permet par exemple à chacun de nous de nous identifier plus facilement à Jésus : peut-être pas pour rester quarante jours au désert, mais parce qu’aucune tentation extraordinaire comme transformer des pierres en pain ou se jeter du haut d’une falaise n’est évoquée. Jésus est tenté par le Tentateur, de manière sans doute extraordinaire, mais nous le sommes aussi ! Par des tentations nombreuses et variées qui agissent comme des bêtes sauvages qui nous dévorent et que nous nourrissons pourtant si volontiers.

anges
Santi di Tito, Tobie et l’ange

Oui, me direz-vous, mais Jésus a reçu le soutien des anges pour s’en sortir, ce qui n’est pas notre cas. Eh ! bien, je pense que nous bénéficions des mêmes avantages. Ne vous est-il pas arrivé, dans telle ou telle situation difficile, de dire à tel ou tel autour de vous : « tu es un ange », parce qu’il vous aura rendu un important service ? Ce ne sont certes pas des créatures ailées, mais qui vous a dit que les anges avaient nécessairement des ailes ? Il en est beaucoup d’autres : des amis dans la douleur qui nous aident à nous relever et à ne pas désespérer, des relations qui nous proposent telle lecture qui élèvent notre esprit et nous font regarder le ciel, des conseillers spirituels qui nous accompagnent et nous orientent, des prêtres qui nous accueillent dans le secret d’un confessionnal… Oui, les anges sont aussi tous ceux-là qui nous sont mystérieusement envoyés par Dieu, qui nous aident, nous accompagnent, et nous guident, qui sont présents à côté de nous dans toutes les tentations dès lors que nous ne les imaginons pas nécessairement avec des ailes !

La sobriété des propos de Marc sur les tentations de Jésus pourrait bien avoir un autre but, celui de mettre l’accent sur l’annonce de l’évangile comme si le baptême et le passage au désert étaient des circonstances secondaires : cet évangile commence par la prédication du Baptiste et, une fois le baptême et les tentations de Jésus très brièvement évoqués, se poursuit par la prédication de Jésus. Ce faisant, Marc nous rappelle que notre commune vocation, à Jésus comme à nous, est d’être des hérauts de l’évangile, dans un monde qui en est loin ou le refuse, et dans lequel nous apparaissons totalement démunis : tel est le sentiment de nombreux chrétiens à l’approche des lois bioéthiques par exemple. Et notre commune tentation serait de baisser les bras : on ne nous écoutera pas, les dés sont déjà jetés… Si nous pensons ou disons cela, c’est parce que nous comptons sur nos propres forces, mais il pourrait en aller très différemment si nous nous ouvrons pleinement à l’amour de Dieu, et si nous comptons sur le soutien des anges que Dieu nous envoie.

En écrivant cela, je fais référence au petit Gaspard Clermont, décédé en février 2017 à 41 mois d’une maladie dégénérative. Figure connue sur Internet, grâce à la page Facebook de ses parents. Je l’ai rencontré chez ses parents avant sa mort, et j’en ai été retourné. Gaspard n’a jamais marché, il n’a jamais pu parler, il était nourri par sonde, il était dans un très grand état de faiblesse, il a vécu une vie très courte, et il est pourtant devenu un extraordinaire évangélisateur. A 41 mois ? Oui, par la grâce de la page rédigée par ses parents, et maintenant du livre et du film, mais aussi personnellement par sa résistance héroïque, par son mystérieux sourire, son regard lumineux, il a changé la vie de plusieurs dizaines de milliers de personnes, parmi lesquelles je m’honore de compter.

C’est quand je suis faible que je suis fort, assure saint Paul (2 Co 12,10). Gaspard fut d’abord sur terre un magnifique évangélisateur, et il est maintenant cet ange au service de l’évangile. Il nous montre que, quels que soient notre condition et nos moyens, dans la foi, nous pouvons jouer ce même rôle d’évangélisateur ou d’ange pour ceux qui nous entourent : sans crainte et sans complexes quant à notre faiblesse !

Une réponse à “Les anges à la rescousse dans les tentations”

  1. Frère Hervé, bonne fin de dimanche !
    Nos craintes et nos complexes réels ou supposés sont effectivement autant de tentations quand la grâce opère et que nous n’osons pas jouer le rôle de messager. Prions pour qu’en ce Carême nous sachions accepter notre faiblesse et reconnaître cet ange qui passe en silence et qui nous fait tressaillir !
    Cordialement,
    Philippe ANDRES

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