Différent, ou pire, fragile et improductif

Dans le réseau Facebook très vaste constitué par les parents d’enfants dits « à particularités », nombre de ces parents, reconnaissant le côté « différent » de leurs enfants, se proposent de lutter contre la perception fausse ou faussée qu’en a notre société occidentale : ils cherchent donc à changer le regard des gens. Pour connaître aujourd’hui plusieurs de ces parents, j’admire leur ingéniosité, leur élan, leur opiniâtreté dans un combat difficile, et en suis édifié. En même temps, je m’interroge !

Non pas sur l’utilité d’un tel combat, absolument nécessaire, mais sur sa « réduction ». Il me semble en effet que leur enfant différent n’est pas seulement ostracisé pour sa différence, mais plus encore pour sa fragilité qui le rend largement improductif dans une société essentiellement gouvernée par la fameuse « course au profit ». Je sais bien que plusieurs magnifiques tentatives sont faites, par exemple à destination des porteurs de trisomie, pour les « intégrer » : mais elles prouvent par leur existence même que cette intégration ne va pas de soi.

Dès lors, ce n’est pas seulement l’enfant différent, dont l’exemplaire type est de fait le porteur de trisomie, qui est négligé, tourné en dérision (« gogol ») ou même mis à l’écart, mais avec lui le handicapé, le vieillard, le chômeur, le SDF, l’immigré etc. Il n’est donc à mes yeux pas étonnant du tout que dans un même mouvement, les personnes travaillant en EHPAD, dans d’autres maisons de retraite, dans les hôpitaux, dans les centres de soins palliatifs, dans l’accueil des immigrés, et tant d’autres, manifestent et réclament plus de « moyens ».

Il ne s’agit donc pas pas tant d’un problème de regard sur celui qui est différent, même si ce problème existe, que du fonctionnement d’une société où le rendement de l’argent est roi, où seules brillent les paillettes, où la dimension humaine et spécialement relationnelle s’estompe, où le désir ne connaît pas de bornes comme le montrent toutes les folles demandes nées du progrès scientifique.

Quand on est devant un tel problème, aussi vaste, il est difficile, très difficile de savoir comment faire face. Le plus souvent hélas ! notre société ne propose rien d’autre qu’une fuite en avant, dans le plus technique, le plus immédiatement rentable qui n’est certainement pas le plus éthique : le débat qui oppose soins palliatifs versus euthanasie en est un exemple criant ! Retour dramatique en arrière vers Sparte qui « exposait » ses enfants les moins porteurs d’espérance…

Il y a mieux à faire sans doute. Déjà en proposant une information droite : autrement dit non biaisée par la peur ou le seul souci économique. Dans les domaines de l’enfant différent, de l’immigration et de la pauvreté (gros travail peu connu fait par ATD Quart Monde…), de la bioéthique (voir les fiches produites par la Conférence épiscopale de France ou le site de la SFAP pour les soins palliatifs), ce n’est pas rien. Mais surtout en reconnaissant qu’il n’y aura de véritables changements qu’avec ceux des mentalités et des usages, en particulier sur la gestion des ressources, des revenus et des biens, en vue de considérer les plus fragiles, les moins productifs : parce que leur intégration fait la véritable force d’une société. Dans cette perspective, les propositions du pape François dans son encyclique Laudato Si, celles égrenées au fil des numéros de la revue Limite, et d’autres encore devront s’imposer.

L’écologie dans toute son ampleur, autrement dit intégrale et.. intégrant donc l’attention aux plus fragiles, n’est pas un point de vue, ni même un mouvement mais une nécessité qui s’impose et s’imposera de plus en plus à tous.

P. S. Je constate que, dans un entretien tout récent, J. L. Mélenchon, qu’on l’aime ou non, tient des propos sensés sur cette question d’écologie et de changement des mentalités. Dommage pour lui d’oublier que l’écologie « intégrale » ne peut faire l’économie d’un homme « intégral », non allégé de sa dimension spirituelle.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.