Insuffisance radicale de la réponse politique

Des concitoyens de notre cher pays de France viennent d’être à nouveau endeuillés par la mort de leurs proches suite à un attentat islamiste. Celui-ci a mis en valeur l’héroïsme d’un gendarme dont je vais reparler, mais il montre en outre à mes yeux, une fois de plus, l’insuffisance radicale de la réponse politique : quelques jours après les faits, on a le sentiment de revoir un film déjà maintes fois joué, avec de grandes dénonciations des uns, de grandes assurances des autres, tous affirmant qu’ils ont fait ou feront leur possible pour « que de tels faits ne se reproduisent plus ». Comment peut-on aujourd’hui les croire quand on en reste au niveau du discours, quand on apprend les ramifications souterraines de ce terrorisme, quand on sait combien il est facile aujourd’hui, sans habiter pour cela les États-Unis, d’acheter une arme et de tuer ?

Éruption Insuffisance, oui, que ne cessent de dénoncer de simples citoyens sur les réseaux sociaux, des autorités diverses, et en particulier ecclésiales, dans des avertissements multipliés. Dans un monde qui ne sait plus d’où il vient, et conséquemment où il va, qui perd ses racines, qui voit les plaques tectoniques sur lesquelles il pensait pouvoir s’appuyer durablement s’entrechoquer, et laisser déborder la lave qui continue de couler dans ses entrailles, la crise, et donc la réponse, sont d’abord profondément spirituelles : ce n’est pas un hasard si, plusieurs de mes amis, spontanément, évoquent Mai 1968 où on peut lire un phénomène semblable. Sauf qu’aujourd’hui, la crise spirituelle me semble infiniment plus universelle et plus grave, parce que vécue sous des formes diverses dans le monde entier, et surtout parce que c’est l’islamisme qui propose de la combler.

Je l’ai dit, des voix s’élèvent évoquant cette insuffisance, mais elles sont difficilement entendues, surtout dans le pays de France où la nécessaire laïcité est trop souvent trahie en laïcisme, ce dernier devenant la nouvelle religion d’État. L’une de ces voix est celle de François-Xavier Bellamy, philosophe tout autant sinon plus qu’homme politique, et chrétien avéré, qui vient de publier un remarquable article sur son blog à l’honneur du lieutenant-colonel Beltrame, ce gendarme qui a donné sa vie pour le salut d’une ou de plusieurs otages. Certains savent que ce philosophe a déjà dénoncé dans le passé « le défaut de transmission » entre générations, et je lis maintenant dans son article : « Un peuple est plus qu’une juxtaposition d’individus qui « vivent ensemble. » Cela, nous l’avons appris, comme d’autres, par ce que notre civilisation a cultivé de singulier ; pour faire un Arnaud Beltrame, il a fallu des siècles de civilité, de littérature, de philosophie, de science et de foi… En désertant cet héritage, nous traversons ensemble, au beau milieu de notre prospérité matérielle, un véritable « désert de l’homme ». Et la soif qu’il a fait naître, notamment chez les plus jeunes auxquels nous n’avons pas su transmettre, laisse proliférer la source empoisonnée de l’islamisme ».

La résistance ne peut être seulement celle du renseignement, des armes, des contrôles sans cesse plus tatillons, même si une telle résistance fait partie de la réponse. Il faut un redressement spirituel, accueillant à l’autre en tant qu’autre, et ici je ne peux que renvoyer à mon précédent billet évoquant le mystère de la différence religieuse avec la remarquable position de Mgr Jean-Paul Vesco. Un redressement conforme à l’histoire de notre pays mais sans certaines rigidités du passé… C’est sans doute à construire autant qu’à reconstruire, et cela demandera du temps.

Pour un frère dominicain, qui pense à son fondateur, à l’élan que Dominique a su donner en ne vivant que 5 ans (1216-1221) à la tête du nouvel Ordre religieux qu’il venait de fonder, et qui sait aussi qu’aux yeux du Seigneur, « mille ans sont comme un jour » (Ps 90,4), le temps compte moins que l’appel renouvelé au don de l’Esprit et à une nouvelle Pentecôte.

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