En marche dans le sens du vent

Il y a quelque temps, l’actualité me faisait savoir que des députés LaREM voulaient légiférer sur la procréation médicalement assistée (PMA), alors même que les états généraux de la bioéthique n’avaient encore fait l’objet d’aucune conclusion sur cette question : il faut dire que, selon les informations que j’ai pu glaner, les réactions sur les forums n’y étaient guère favorables, que le vent était contraire, ce qui a paru à beaucoup insupportable. Hier, dans une tribune publiée dans le Journal du dimanche, d’autres députés du même parti, ou les mêmes je ne sais, demandent qu’il soit mis fin aux restrictions concernant l’ouverture des commerces le dimanche… Je ne cherche pas à stigmatiser ce parti plutôt qu’un autre, je suis convaincu que si d’autres étaient aux commandes, le résultat serait identique : je constate seulement qu’on avance chaque fois dans le sens du vent dominant, ou paraissant l’être, sans s’interroger sur le but !

Ce qui me frappe et me gêne dans ces manœuvres, ce n’est pas tant la précipitation ni la volonté de lobbying qui  s’affiche, même si elles me semblent regrettables, mais la faiblesse des justifications proposées : on s’aligne sur des revendications catégorielles, on se saisit d’une question sans aucune distance, on isole quelques paramètres, mais on ne nous dit en rien la finalité poursuivie. Ce que les théologiens appellent « la cause finale », est pourtant déterminant, en particulier sur le choix des moyens. Est-ce parce que j’écris ce billet à proximité de la Trinité sur Mer, mais je vois derrière ces mouvements ceux d’un « bateau ivre » qui avance au gré de n’importe quel vent, mais qui ne sait pas vraiment quel port il veut atteindre, qui ne dispose d’aucune boussole, ni non plus d’aucun gouvernail pour orienter ou corriger la trajectoire induite par le vent. Ce qui, notons-le, exige souvent de se situer « vent debout ».

foule commerceSur la question de l’ouverture des commerces le dimanche présentée bien sûr comme un progrès, on nous parle d’emplois qui seront créés (les statistiques sont pourtant contrastées), on nous dit que ce travail existe déjà pour quantité de personnes et de services (ce qui est vrai, mais ne justifie pas d’amplifier le mouvement), que sera offerte la possibilité de choisir à son gré deux autres jours de repos pendant la semaine (joyeuse pagaille en vue), que c’est une plus grande liberté qui est proposée à tous les consommateurs (oui, la liberté… de consommer plus) etc.

La logique qui préside à ce prétendu progrès est d’ordre économique, propre à favoriser les profits de grands groupes, mais certainement pas les commerces de proximité. Moins encore bien sûr la vie associative locale ou la vie familiale, sans parler bien sûr de la vie spirituelle qui a ses rythmes et ses « jours ». En d’autres termes, les arguments sont essentiellement productivistes et « moyen-termistes », mais jamais éthiques, jamais inscrits dans une perspective large et globale d’un choix de société avec des valeurs propres et nobles. Par exemple celle d’un repos hebdomadaire, dont l’unification et la sanctification ont jusqu’à une époque récente assuré la pérennité et favorisé la vie sociale en Occident.

Sur la question de la PMA et autres questions liées, directement ou indirectement, à la sexualité, je ne peux que renvoyer au remarquable ouvrage de Marianne Durano dont j’ai déjà parlé sur ce blog : elle montre comment le corps des femmes est aujourd’hui l’enjeu de pratiques et de batailles économiques, dans lesquelles l’éthique sociétale ou personnelle n’a aucune place.

Alors, quel vent accueillir et suivre ? Celui de l’Esprit-Saint bien sûr. En hébreu comme en grec, le terme employé pour Esprit a aussi le sens de « vent ». Mais c’est un vent orienté vers un but, même si Jésus nous dit dans l’évangile de Jean que l’on ne sait « ni d’où il vient ni où il va » (Jn 3,8) : en effet, l’affirmation ne signifie aucunement que l’Esprit ferait n’importe quoi, mais seulement que l’on ne peut le maîtriser et moins encore l’établir à son service. Au lieu de prétendre guider l’Esprit, laissons-nous donc guider par lui en l’écoutant un peu plus que nous n’avons l’habitude de le faire : avec lui, nous marcherons dans le sens du vent, mais pas de n’importe quel vent !

Une réponse à “En marche dans le sens du vent”

  1. Cher frère (bien-aimé), Merci pour votre témoignage.
    Il permet d’ évoquer à notre Cœur le souvenir d’ une réalité je crois
    voulue, Désirée par notre Père du Ciel : celle d’ une Orientation vers La Vie !!. Avec le vent du Le-vant.
    Cordialement, et
    Union de Prière.
    Jean-Yves

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