1 Pierre

Présentation

Proche de la lettre de Jacques dans son mode de composition, offrant en effet une succession d’exhortations plus ou moins rattachées entre elles, la première lettre de Pierre prend aussi comme elle, ou comme Hébreux, ses principaux fondements dans le genre homilétique : les échos liturgiques, en particulier hymniques, n’y sont jamais très loin, et c’est ainsi que M. E. Boismard a pensé pouvoir retrouver quatre hymnes baptismales incorporées dans l’écrit (1,3-5 ; 2,22-25 ; 3,18-22 ; 5,5-9). Il reste que beaucoup de commentateurs, tout en reconnaissant ces influences, continuent de parler d’une « lettre ». Il existe de fait une tradition de « lettres aux exilés » dont témoignent Jr 29,4-23 ou 2 Mac 1, sans qu’on puisse pour autant parler d’un genre.

Il n’est guère facile de définir une structure, de baliser un développement : il est seulement possible d’opérer des regroupements thématiques. Voilà pourquoi je propose une lecture au fil de l’eau.

Qui est à l’origine de cette lettre ? Pierre ? Beaucoup en doutent aujourd’hui, mais pour des raisons qui ne sont guère contraignantes. Pour prendre l’exemple de la qualité du grec, longtemps déniée au pécheur de Galilée, il est clair qu’on ne lui aurait pas confié l’évangélisation des circoncis selon l’accord évoqué par Paul en Ga 2,7-9, on n’aurait pas eu la trace de ses voyages et de son passage dans la communauté de Corinthe (cf. 1 Co 1,12), s’il n’avait pas eu ou acquis une bonne maîtrise du grec. Rappelons en outre que l’auteur de cet écrit reconnaît avoir eu recours au service d’un secrétaire, Sylvain (5,12), dont le rôle a pu être notable. Ajoutons enfin par exemple que la christologie présentée dans notre écrit, celle du serviteur, paraît assez primitive pour être située assez haut chronologiquement.

En d’autres termes, l’attribution pétrinienne ultime trouve toujours de bons fondements, et elle est plus soutenable qu’un anonymat tardif invérifiable.

Mais alors, qu’en est-il de l’auditoire ? Si Pierre écrit, on penserait spontanément, en fonction de la répartition des charges de Ga 2, à un auditoire d’origine juive, surtout lorsque l’auteur parle de Diaspora. Mais cette qualification ne convient guère aux paroles qui surgissent au fil de l’écrit (voir plus bas 1,14.18 ; 2,9-10.25 ; 3,6 ; 4,3) : l’auditoire est manifestement d’origine païenne, et il faut donc penser que la répartition qui vient d’être évoquée, et qui date sans doute de l’année 37, n’a plus cours au moment où Pierre écrit, probablement au-delà de l’année 60 depuis Rome.

Il s’agit, comme le montre à plusieurs reprises notre écrit, d’une communauté éprouvée, que Pierre cherche à encourager et dont il veut en particulier stimuler la foi, face à une ou des formes de persécution.

Lecture (texte BJ)

Chapitre 1

 1Pierre, apôtre de Jésus Christ, aux étrangers de la Dispersion : du Pont, de Galatie, de Cappadoce, d’Asie et de Bithynie, élus 2selon la prescience de Dieu le Père, dans la sanctification de l’Esprit, pour obéir et être aspergés du sang de Jésus Christ. À vous grâce et paix en abondance.

« Apôtre de Jésus-Christ », appellation familière à Paul : on ne retrouve pas ici la valeur revendicatrice qu’elle a chez l’apôtre des nations.

« Étrangers de la Dispersion » : l’évocation au verset 14 des passions de jadis et du temps de l’ignorance, puis au verset 18 de la « vaine conduite des pères », renvoie plutôt aux païens. Le caractère étranger serait alors le fruit de la conversion chrétienne : les destinataires de l’écrit sont les chrétiens, étrangers dispersés dans la mesure où ils sont loin de leur patrie céleste (cf. Ph 3,20 ou Ep 2,19).

Les régions citées par Pierre

Les régions citées sont toutes au nord de l’Asie mineure actuelle, alors que Paul s’adressait lui aux habitants de la province galate romaine du sud : peut-être faut-il voir là l’effet « géographique » lointain du partage des tâches évoqué par Paul en Ga 2,7-9, même si ce partage n’a plus cours. Pierre a-t-il connu personnellement les habitants de ces contrées ? Les commentateurs en doute, mais il faut quand même rappeler que l’on est aucunement renseigné sur la vie apostolique de Pierre après qu’il ait été libéré de prison d’après Ac 12,17 : il a probablement beaucoup voyagé (Ac 9,32) en passant comme Paul à Corinthe où un parti se réclame de lui (1 Co 1,12), et un voyage en Asie mineure n’a rien d’impossible. Mais Pierre n’a pas eu de biographe pour évoquer un tel voyage.

Ici une formule résolument trinitaire. La prescience (prognosis) est attribuée au Père et fait référence à son plan de salut (cf. Ac 2,23). La sanctification est donc l’œuvre de l’Esprit, dit justement « saint », qui n’est pas présent seulement lors de l’appel, mais aussi dans toute la vie nouvelle avec Dieu (même idée en 2 Th 2,13). Le sang fait référence au sacrifice du Christ sur la croix, mais le thème de l’aspersion, qui renvoie aux sacrifices du temple (cf. Ex 24,3), lui donne une couleur très juive. La mention de l’obéissance pourrait bien être due à certaines circonstances locales qui l’exigeraient.

La demande de « grâce et paix » fait partie des vœux traditionnels de l’époque : Rm 1,7 ; 1 Co 1,3 etc.

3Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ : dans sa grande miséricorde, il nous a engendrés de nouveau par la Résurrection de Jésus Christ d’entre les morts, pour une vivante espérance, 4pour un héritage exempt de corruption, de souillure, de flétrissure, et qui vous est réservé dans les cieux, à vous 5que, par la foi, la puissance de Dieu garde pour le salut prêt à se manifester au dernier moment.

Une bénédiction peut faire aussi partie des introductions des lettres de Paul : 2 Co 1,3 ; Ep 1,3s. En fait, il s’agit d’un genre littéraire déjà bien connu de l’Ancien Testament (Gn 9,26 ; 14,19 ; Nb 6,24-26 etc.), qui rappelle souvent le passé et anticipe un avenir heureux.

L’appellation « Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ » se retrouve en Rm 15,6 ; 2 Co 1,3 et Ep 1,3 (ces deux derniers passages viennent d’être évoqués : la bénédiction semble bien avoir une origine liturgique, sans doute baptismale si l’on se réfère aux contenus) ; Col 1,3 etc.

La résurrection de Jésus est ici présentée comme une re-naissance, œuvre de miséricorde, qui ouvre l’avenir.

La nature de l’héritage n’est pas ici précisée, comme elle l’est en 1 Co 6,9-10 ; 15,50 ou Ga 5,21 (Royaume de Dieu). L’évocation paulinienne la plus proche pourrait bien être Ep 1,18, où l’héritage n’est pas plus défini qu’en 1,14 mais mis en rapport avec l’espérance, ou bien encore Tt 3,7.

La corruption est une dimension du monde actuel : cf. Rm 8,21 ; 1 Co 15,42 où le monde futur est justement présenté comme incorruptible.

Première apparition du thème de la foi que l’on va retrouver plus bas. Cette foi est mise en étroit rapport avec le salut : elle en est la garde et le garant.

6Vous en tressaillez de joie, bien qu’il vous faille encore quelque temps être affligés par diverses épreuves, 7afin que, bien éprouvée, votre foi, plus précieuse que l’or périssable que l’on vérifie par le feu, devienne un sujet de louange, de gloire et d’honneur, lors de la Révélation de Jésus Christ. 8Sans l’avoir vu vous l’aimez ; sans le voir encore, mais en croyant, vous tressaillez d’une joie indicible et pleine de gloire, 9sûrs d’obtenir l’objet de votre foi : le salut des âmes.

Après la bénédiction, Pierre entre dans le vif du sujet, et il est clair que la foi de son auditoire représente une préoccupation : votre foi (v. 7), en croyant (v. 8), votre foi (v. 9). Il s’agit de la stimuler pour tenir bon dans l’épreuve (v. 7) et parvenir au salut (v. 9)..

Du point de vue de la forme et du contenu, les versets 6-7 offrent d’incontestables similarités avec Jc 1,2-3 : la proximité des deux écrits est posée d’emblée.

La joie n’est pas incompatible avec l’épreuve car ses fondements sont ailleurs, dans l’espérance du salut (cf. v. 9).

Le thème du feu purificateur est classique à l’époque : cf. « c’est ce feu qui éprouvera la qualité de l’œuvre de chacun » en 1 Co 3,13.

Dans ces versets 8-9, Pierre revient sur la trilogie joie/foi/salut. Il introduit le thème nouveau de l’amour (agapaô). C’est cet amour qui fonde la foi.

10Sur ce salut ont porté les investigations et les recherches des prophètes, qui ont prophétisé sur la grâce à vous destinée. 11Ils ont cherché à découvrir quel temps et quelles circonstances avait en vue l’Esprit du Christ, qui était en eux, quand il attestait à l’avance les souffrances du Christ et les gloires qui les suivraient. 12Il leur fut révélé que ce n’était pas pour eux-mêmes, mais pour vous, qu’ils administraient ce message, que maintenant vous annoncent ceux qui vous prêchent l’Évangile, dans l’Esprit Saint envoyé du ciel, et sur lequel les anges se penchent avec convoitise.

Il semble que les auditeurs de Pierre s’interrogent sur la réalité du salut, peut-être du fait qu’il tarde à se manifester alors que la situation est tendue. Pierre rappelle donc que d’autres aussi l’ont attendu, en particulier les prophètes, et que les anges le considèrent avec convoitise : puisque les auditeurs de Pierre bénéficient maintenant (v. 12) de ce salut, l’apôtre souligne qu’il s’agit d’un privilège qui doit être honoré, et d’une responsabilité. Sans doute faut-il rappeler ici la force du « maintenant » dans les lettres pauliniennes.

Intéressante christologisation ici : l’Esprit des prophètes est celui du Christ, le même que celui qui se trouve sur les prédicateurs de l’évangile. Chez les Pères de l’Église, les théophanies de l’AT seront volontiers considérées comme des christophanies, Dieu ne pouvant être vu. La prophétie portait donc déjà l’annonce d’un Messie mort et ressuscité. Sans que l’on sache quelle prophétie !

L’expression étonnante « les gloires » se retrouve en 2 P 2,10 et Jude 1,8. Cela ne suffit pas à l’éclairer. Ici, il semble que soient visés des événements post-mortem tels que Résurrection, Ascension…

C’est une révélation, un dévoilement du plan de salut divin.

Le terme « administrateur » traduit le grec « diakoneô », servir, gérer. Les prophètes étaient déjà des « diacres »…

Que viennent faire tout à coup les anges ici ? Peut-être simplement pour souligner l’importance du don fait par Dieu à travers l’évangile.

13L’intelligence en éveil, soyez sobres et espérez pleinement en la grâce qui doit vous être apportée par la révélation de Jésus Christ. 14En enfants obéissants, ne vous laissez pas modeler par vos passions de jadis, du temps de votre ignorance. 15Mais, à l’exemple du Saint qui vous a appelés, devenez saints, vous aussi, dans toute votre conduite, selon qu’il est écrit : Vous serez saints, parce que moi, je suis saint.         

La responsabilité dont il vient d’être question doit se traduire dans le cadre d’une éthique, dans un mode de vie approprié, en d’autres termes dans une « conduite » (v. 15 ; grec anastrophê, un terme clé de notre lettre puisqu’on le retrouve en 1,18 ; 2,12 ; 3,1.2.16)) : tel est le point que Pierre aborde maintenant.

Littéralement « ayant ceint les reins de votre intelligence », ce qui fait penser au départ des Hébreux d’Égypte (Ex 12,11) et évoque un climat de veille. La requête de sobriété est aussi présente en 1 Th 5,6-8, dans ce même climat de veille, et on va la retrouver dans notre lettre en 4,7 et 5,8 : elle ne semble ni accidentelle ni métaphorique.

L’évocation des passions de jadis milite clairement ici en faveur d’un auditoire païen. Tout comme l’évocation du temps de l’ignorance.

L’appel à la sainteté, classique, est modelé sur Lv 19,1-2 (// Lv 11,44-45). Pierre précise « dans toute votre conduite », au moyen du terme grec anastrophê qui, dans le NT, semble une quasi-exclusivité des lettres pétriniennes : 8 des 13 emplois, dont 6 dans cette première lettre (1,15.18 ; 2,12 ; 3,1.2.16). Il est clair que Pierre attend de ses interlocuteurs une réaction pratique.

17Et si vous appelez Père celui qui, sans acception de personnes, juge chacun selon ses œuvres, conduisez-vous avec crainte pendant le temps de votre exil. 18Sachez que ce n’est par rien de corruptible, argent ou or, que vous avez été affranchis de la vaine conduite héritée de vos pères, 19mais par un sang précieux, comme d’un agneau sans reproche et sans tache, le Christ, 20discerné avant la fondation du monde et manifesté dans les derniers temps à cause de vous. 21Par lui vous croyez en Dieu, qui l’a fait ressusciter d’entre les morts et lui a donné la gloire, si bien que votre foi soit en Dieu comme votre espérance.     

Intervention inopinée du qualificatif Père, rencontré dans l’introduction mais oublié ensuite et qu’on ne retrouvera pas plus loin dans la lettre. Il semble que Pierre veuille rappeler que la proximité de Dieu n’excuse pas toutes les conduites.

Ce Dieu est non seulement Père, mais il est aussi celui qui juge selon les œuvres (Rm 2,6), sans faire acception des personnes (thème classique : Lv 19,15 ; Dt 1,17 ; Si 35,12-14 ; Rm 2,11 ; Ep 6,9 etc.).

Le temps de la terre est un temps d’exil (gr. paroikia), où l’on se reconnaît comme étranger, de passage. Notre cité est dans les cieux, dira Paul en Ph 3,20.

Le thème de la « vaine conduite des pères » suggère à nouveau un auditoire païen.

Le vocabulaire de la corruptibilité se trouve à trois reprises en 1 Pierre 1 ( versets 4.18.23), et deux fois dans en 2 P. Il est donc important dans ce début de lettre.  Le verbe grec traduit ici par « affranchis » est le grec lutroô, que l’on connaît chez Paul à l’arrière-plan de Rm 3,24 lorsqu’il est question du rachat ou de la rédemption que Jésus opère sur la croix.

« Discerné avant la fondation du monde » : l’idée d’un plan de salut de Dieu, si présente chez Paul en Rm 8, et déjà évoquée en 1,2, se retrouve ici. Elle ne concerne pas que le début du salut, mais toute son histoire puisque Pierre évoque aussi les derniers temps.

Tout le passage n’est pas sans évoquer Ep 1,14 : « C’est ainsi qu’Il nous a élus en lui, dès avant la fondation du monde, pour être saints et immaculés en sa présence ». Le terreau commun pourrait être liturgique.

Retour sur le thème de la foi, lien avec Dieu. On notera que les traducteurs BJ ont traduit « qui l’a fait ressusciter » sans qu’apparaisse une raison claire de ne pas choisir la traduction « qui l’a ressuscité »…

Avec la foi est mentionnée l’espérance, et le troisième terme, charité, va apparaître dans le verset suivant.

22En obéissant à la vérité, vous avez sanctifié vos âmes, pour vous aimer sincèrement comme des frères. D’un cœur pur, aimez-vous les uns les autres sans défaillance, 23engendrés de nouveau d’une semence non point corruptible, mais incorruptible : la Parole de Dieu, vivante et permanente.                            

Termes clés : obéissance, vérité, amour. Mais on remarquera que l’amour apparaît sous deux vocables, philadelphiaet agapê, le deuxième semblant corriger en quelque sorte le premier. Ou plutôt, une invitation finale à mettre en oeuvre l’agapê, qui remplira alors l’exigence de philadelphia.

À nouveau la nouvelle naissance, puis l’incorruptibilité, autrement dit des références au baptême, mais l’origine de toute cela est attribuée à la Parole de Dieu. L’environnement liturgique est probable.

24Car toute chair est comme l’herbe et toute sa gloire comme fleur d’herbe ; l’herbe se dessèche et sa fleur tombe ; 25mais la Parole du Seigneur demeure pour l’éternité. C’est cette Parole dont la Bonne Nouvelle vous a été portée.            

Citation d’Is 40,6-8 qui rappelle la vanité des choses du monde.

À nouveau, la parole de Dieu dans l’AT, celle qui est donnée par les prophètes, est assimilée à celle de l’évangile. Pierre souligne sa dimension immortelle, qui contribue ainsi à encourager les auditeurs dans les turbulences.

Chapitre 2

 1Rejetez donc toute malice et toute fourberie, hypocrisies, jalousies et toute sorte de médisances. 2Comme des enfants nouveau-nés désirez le lait non frelaté de la parole, afin que, par lui, vous croissiez pour le salut, 3si du moins vous avez goûté combien le Seigneur est excellent.

Si les termes employés ici ne sont guère ceux de l’apôtre Paul dans ses exhortations… le thème du lait est en revanche commun. Pour Paul (1 Co 3,2 et 9,7), il évoque l’enseignement donné, son évangile ; pour Hébreux (5,12-13), la doctrine. Ici, il s’agit de la parole qui mène au salut, thème qui ne cesse de revenir.

« Goûtez et voyez comme est bon le Seigneur » (Ps 34,9) : une fois de plus, la liturgie est proche. Elle l’est d’autant plus que l’auteur va multiplier les références scripturaires pour les commenter en rapport avec le Christ. Si l’on fait une lecture liturgique et baptismale de la lettre, l’évocation du « goût » pourrait s’expliquer par le fait que le baptême était donné en même temps que le pain consacré.

4Approchez-vous de lui, la pierre vivante, rejetée par les hommes, mais choisie, précieuse auprès de Dieu. 5Vous-mêmes, comme pierres vivantes, prêtez-vous à l’édification d’un édifice spirituel, pour un sacerdoce saint, en vue d’offrir des sacrifices spirituels, agréables à Dieu par Jésus Christ. 6Car il y a dans l’Écriture : Voici que je pose en Sion une pierre angulaire, choisie, précieuse, et celui qui se confie en elle ne sera pas confondu. 7À vous donc, les croyants, l’honneur, mais pour les incrédules, la pierre qu’ont rejetée les constructeurs, celle-là est devenue la tête de l’angle, 8une pierre d’achoppement et un rocher qui fait tomber. Ils s’y heurtent parce qu’ils ne croient pas à la Parole ; c’est bien à cela qu’ils ont été destinés.

9Mais vous, vous êtes une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple acquis, pour proclamer les louanges de Celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière, 10vous qui jadis n’étiez pas un peuple et qui êtes maintenant le Peuple de Dieu, qui n’obteniez pas miséricorde et qui maintenant avez obtenu miséricorde.

Encore la liturgie avec une évocation très nette du Ps 118,22. Le thème de la pierre vivante, qui va être développé dans le verset suivant et que Jésus a pu suggérer en Mt 21,42, paraît néanmoins original.

Édifier une construction nouvelle, cela Paul l’a aussi proposé, à sa manière : 1 Co 3,9 ; 14,12 ; 2 Co 5,1. Ou encore à travers le thème du corps, en 1 Co 13. Mais cette idée d’être pierre, comme Jésus lui-même, est originale : peut-on penser qu’elle trouve place ici du fait de l’auteur de la lettre qui a reçu de la bouche de Jésus cette proclamation « tu est Pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise » ?

De même, si Paul parle d’un « culte spirituel » (Rm 1,9 ; 12,1) ou évoque le rocher spirituel auprès duquel on s’abreuve et qui est le Christ (1 Co 10), le thème du sacrifice spirituel, agréable à Dieu, proposé en vue d’un sacerdoce saint, est propre à Pierre, même si Hébreux n’est pas loin, et sans doute marqué par la liturgie du Temple.

La citation du v. 6 est issue d’Is 28,16 et elle est présente aussi en Rm 9,33 et 10,11 : encore un signe de l’origine liturgique. Qui se confie = qui croit (verbe pisteuô) : à nouveau l’insistance sur la foi que l’on va retrouver aux deux versets suivants avec la mention des incrédules et de la foi dans la parole.

La forme littéraire du v. 7 n’est pas sans rappeler Rm 2,7-8, où l’on retrouve d’ailleurs le terme honneur. Qui revient à 3 reprises en 1 P : 1,7 ; 3,7.

Intéressante réflexion sur le thème de la pierre, pour celui qui porte ce nom. On a l’impression que Pierre utilise une sorte de centon préexistant formé sur Ps 118,22/Is 8,14.

Souvenons-nous que la région palestinienne est une région de déserts de pierre et non de sable. Le rocher est souvent de fait ce qui fait tomber.

Première mention du thème de l’élection qui invite à reconnaître un ensemble nouveau composé des versets 9-10, organisé autour de la thématique du peuple. Le passage comporte plusieurs références scripturaires indirectes ou thèmes comme Ex 19,5-6 ; Is 43,20-21 ; Ml 3,17.

Le peuple acquis, en grec peripoiêsis, ailleurs dans le NT : Ep 1,14 ; 1 Th 5,9. On pense au rôle de Jean, préparer un peuple pour Dieu.

Le passage des ténèbres à la lumière est certainement d’origine hymnique, relatif au baptême, comme en témoignent : Col 1,12-13 et Ac 26,18.

Et ce verset 10 peut à son tour se lire comme la suite et fin d’une hymne baptismale. Du point de vue du contenu, c’est une vision retournée des enfants d’Osée appelés « pas de miséricorde » et « pas mon peuple » (1,6-9).

11Très chers, je vous exhorte, comme étrangers et voyageurs, à vous abstenir des désirs charnels, qui font la guerre à l’âme. 12Ayez au milieu des nations une belle conduite afin que, sur le point même où ils vous calomnient comme malfaiteurs, la vue de vos bonnes œuvres les amène à glorifier Dieu, au jour de sa Visite. 13Soyez soumis, à cause du Seigneur, à toute institution humaine : soit au roi, comme souverain, 14soit aux gouverneurs, comme envoyés par lui pour punir ceux qui font le mal et féliciter ceux qui font le bien. 15Car c’est la volonté de Dieu qu’en faisant le bien vous fermiez la bouche à l’ignorance des insensés.             

Avec le verset 11, nous abordons une partie exhortative dans laquelle les impératifs sont prédominants. Elle est adressée à des « étrangers et voyageurs », avec préfixe grec para, autrement dit des gens « en marge » : l’expression est pratiquement celle de He 11,13 ; le terme traduit par voyageurs est celui qui avait été employé en 1,1. Il est clair que Pierre parle ainsi en rapport avec le but de la vie chrétienne qui est le séjour éternel dans le ciel. : son auditoire est en exil (1,17).

La valeur exemplaire des « bonnes œuvres » est une thématique juive classique, dont on peut voir d’autres exemples en Mt 5,16 ; He 10,24.

La thématique du respect des autorités se retrouve en Rm 13, 1-7 (où l’on retrouve à l’identique certaines expressions comme « faire le bien » ou « punir ceux qui font le mal ») ; 1 Tm 1,1-2 ou même Tt 3,1 (où l’on retrouve le vocabulaire de l’œuvre bonne). Mais les raisons invoquées sont autres car s’il s’agit alors d’éviter tout conflit qui serait un obstacle au développement communautaire, il s’agit ici d’une exhortation très classique conforme à la pensée juive, portant sur l’exemplarité de l’attitude vis-à-vis de toute forme d’autorité (v. 13-14) : elle permet de convaincre (v. 15).

Notons au verset 12 l’usage du terme visite, en grec episcopê, vocabulaire classique à l’époque pour évoquer les interventions divines.

16Agissez en hommes libres, non pas en hommes qui font de la liberté un voile sur leur malice, mais en serviteurs de Dieu. 17Honorez tout le monde, aimez vos frères, craignez Dieu, honorez le roi.

Appel à la liberté, mais une liberté responsable devant Dieu : elle ne permet pas de faire tout et n’importe quoi.

Un petit verset qui fait jongler trois verbes : honorer, aimer, craindre. Honorer « tous », dont le roi, aimer les frères (fraternité, cf. 5,9), sans doute les chrétiens, craindre Dieu.

Peut-être influence de Pr 14,21, mais surtout différenciation nette entre Dieu et le roi, ce dernier étant établi au niveau de tous.

18Vous les domestiques, soyez soumis à vos maîtres, avec une profonde crainte, non seulement aux bons et aux bienveillants, mais aussi aux difficiles. 19Car c’est une grâce que de supporter, par égard pour Dieu, des peines que l’on souffre injustement. 20Quelle gloire, en effet, à supporter les coups si vous avez commis une faute ? Mais si, faisant le bien, vous supportez la souffrance, c’est une grâce auprès de Dieu.         

Début d’une longue « tabelle ou code domestique », qui se poursuivra en 3,1 avec les femmes (épouses), puis 3,7 avec les maris. L’instruction aux domestiques (oiketai : ceux de la maison), comme on en trouve en 1 Co 7,21 ; Ep 6,5-8 ; Col 3,22-25 ; 1 Tm 6,1-2 ; Tt 2,9-10, mais non pas dans les codes juifs stoïciens de l’époque, est fort développée et commence en premier (ce qui n’est pas le cas en Ep/Col). On a donc le sentiment que l’auditoire contient nombre de serviteurs.

Notons qu’il lui est demandé d’obéir au maître « en toute crainte », autrement dit comme à Dieu. Une explication vient ensuite, manifestant la dureté de la condition de certains esclaves : Pierre y voit une grâce de rédemption, une forme d’assimilation au Christ dont il dira juste après qu’il n’a pas commis de faute, et plus loin qu’il a souffert, « juste pour les injustes » (3,18).

Comme chez Paul, on ne trouve pas de remise en cause, ou simplement d’interrogation, sur le bien-fondé de l’institution servile.

21Or, c’est à cela que vous avez été appelés, car le Christ aussi a souffert pour vous, vous laissant un modèle afin que vous suiviez ses traces, 22lui qui n’a pas commis de faute – et il ne s’est pas trouvé de fourberie dans sa bouche ; 23lui qui insulté ne rendait pas l’insulte, souffrant ne menaçait pas, mais s’en remettait à Celui qui juge avec justice ; 24lui qui, sur le bois, a porté lui-même nos fautes dans son corps, afin que, morts à nos fautes, nous vivions pour la justice ; lui dont la meurtrissure vous a guéris. 

L’hymne sous-jacent, avec la succession des « lui qui » très typique, ne commence vraiment qu’au verset 22 : le verset 21 joue le rôle d’introduction, à l’exemple du verset 5 en Ph 2 où l’on retrouve plus ou moins la thématique du modèle. Le terme de modèle, upogrammos en grec, très singulier, ne se retrouve dans la Bible qu’en 2 Mc 2,28, où il est traduit par BJ et TOB par « contour » : on imagine un dessin original sur lequel on pose un calque.

On notera à propos des souffrances le « pour vous », familier aussi aux lecteurs de Paul et sans doute lié à Mc 10,45 : « il a donné sa vie en rançon pour beaucoup ». Toute la question est d’interpréter le « pour » : ici, il ne s’agit ni de substitution, ni de réparation, mais d’ouvrir la voie.

L’hymne ici présente paraît très inspirée des propos sur le serviteur souffrant en Is 52,13 – 53,12, et elle pourrait en être un écho liturgique : le verset 22 reprend 53,9 ; le verset 23 fait écho à 53,7-9 ; le verset 24 évoque 53,4, et sa fin reprend très précisément 53,5 avec le même terme grec, môllôps, traduit ici par meurtrissure.

25Car vous étiez égarés comme des brebis, mais à présent vous êtes retournés vers le pasteur et le gardien de vos âmes.      

La thématique des brebis sans pasteur est déjà un classique de l’AT (1R 22,17 ; Ez 34,5s ; Za 10,2 etc.) avant d’être reprise par saint Jean (ch. 10).

Le terme traduit par gardien est « episcopos », celui qui veille sur, le visiteur : terme de même famille déjà en 2,12.

Chapitre 3

 1Pareillement, vous les femmes, soyez soumises à vos maris, afin que, même si quelques-uns refusent de croire à la Parole, ils soient, sans parole, gagnés par la conduite de leurs femmes, 2en considérant votre vie chaste et pleine de respect. 3Que votre parure ne soit pas extérieure, faite de cheveux tressés, de cercles d’or et de toilettes bien ajustées, 4mais à l’intérieur de votre cœur dans l’incorruptibilité d’une âme douce et calme : voilà ce qui est précieux devant Dieu. 5C’est ainsi qu’autrefois les saintes femmes qui espéraient en Dieu se paraient, soumises à leurs maris : 6telle Sara obéissait à Abraham, en l’appelant son Seigneur. C’est d’elle que vous êtes devenues les enfants, si vous agissez bien, sans terreur et sans aucun trouble.               

Maintenant l’adresse aux femmes, avec une invitation à la soumission aux maris : comment ne pas penser à Ep 5,22.24 ? Le code est donc classique, mais la justification très différente d’Ep : il s’agit encore une fois ici (cf. 2,12) de prêcher par l’exemple. Il reste que chez Paul, cette soumission de la femme au mari est largement balancée par une invitation faite au mari d’aimer sa femme : ici, l’adresse est un peu plus unilatérale dans ses exigences.

Notons que ce vocabulaire de la soumission revient à plusieurs reprises en 1P, en particulier dans les tabelles domestiques :  2,13.18 ; 3,1.5.22 ; 5,5. Il marque la volonté de l’auteur de ne pas faire de vagues.

Le mot traduit ici par conduite est toujours le grec anastrophê.

Les versets 2 et surtout 3, très proche de 1 Tm 2,9, manifestent que Pierre ne fait que reprendre des exhortations connues.

Le terme kosmos, employé ici en final et traduit par « bien ajustées », ne renvoie pas seulement à la terre, mais aussi à la décoration, à l’apparence : on pense au mot français cosmétique.

La thématique « pour l’apparence ou la galerie » vs « dans le cœur » est connue dans le monde juif : elle est déjà évoquée dans l’AT à propos de la circoncision (Dt 10,16).

On retrouve encore une référence à l’incorruptibilité, mais rapportée ici à l’âme : il faut vraiment soupçonner un débat à ce sujet au sein de la communauté chrétienne.

7Vous pareillement, les maris, menez la vie commune avec compréhension, comme auprès d’un être plus fragile, la femme ; accordez-lui sa part d’honneur, comme cohéritière de la grâce de Vie. Ainsi vos prières ne seront pas entravées.              

Le début de ce verset mérite d’être retraduit au plus près du texte : « Vous de même les maris, menez la vie commune selon la connaissance (gnôsin) comme auprès d’un partenaire féminin plus fragile ». Et l’on comprend que le terme de connaissance, dont on ne sait pas précisément à quoi il se rapporte, n’a pas une interprétation évidente… Compte tenu de l’évocation de la grâce de la vie, il semble bien que l’arrière-plan soit relatif à la vie sexuelle, et que l’homme soit invité à un respect dont il manque.

On est quand même assez loin des exigences posées par Paul en Ep aux maris.

8Enfin, vous tous, en esprit d’union, dans la compassion, l’amour fraternel, la miséricorde, l’esprit d’humilité, ne rendez pas mal pour mal, insulte pour insulte. Bénissez, au contraire, car c’est à cela que vous avez été appelés, afin d’hériter la bénédiction.     

Ces deux versets viennent en conclusion de l’exhortation aux femmes puis aux maris, en leur proposant des perspectives communes : compte tenu de ce qui vient d’être dit, il est tout à fait possible que ces nouvelles exhortations visent la paix de la vie conjugale, et non pas très généralement la vie en société.

L’influence de l’enseignement de Jésus (Mt 5,38-48; Lc 6,27-36), et sa reprise par Paul (Rm 12,14 ; 1 Co 4,12 ; 1 Th 5,15), sont manifestes.

10Qui veut, en effet, aimer la vie et voir des jours heureux doit garder sa langue du mal et ses lèvres des paroles fourbes, 11s’éloigner du mal et faire le bien, chercher la paix et la poursuivre.         

Le propos sur la langue évoque immédiatement la lettre de Jacques (ch. 3), témoignant d’une constante homilétique, mais il est ici très peu développé. Il est associé à d’autres exhortations « classiques » telles faire le bien (Sg 16,24 ; Is 1,17 ; Mc 14,7 ; 2 Co 13,7 ; Ga 6,9 ; Ep 6,29 etc.) ou s’écarter du mal (Jb 2,3 ; 34,10 ; Pr 16,6 etc.). Pierre pioche dans un réservoir connu sans grande originalité.

12Car le Seigneur a les yeux sur les justes et tend l’oreille à leur prière, mais le Seigneur tourne sa face contre ceux qui font le mal. 13Et qui vous ferait du mal, si vous devenez zélés pour le bien ? 14Heureux d’ailleurs quand vous souffririez pour la justice ! N’ayez d’eux aucune crainte et ne soyez pas troublés. 15Au contraire, sanctifiez dans vos cœurs le Seigneur Christ, toujours prêts à la défense contre quiconque vous demande raison de l’espérance qui est en vous. 16Mais que ce soit avec douceur et respect, en possession d’une bonne conscience, afin que, sur le point même où l’on vous calomnie, soient confondus ceux qui décrient votre bonne conduite dans le Christ. 17Car mieux vaudrait souffrir en faisant le bien, si telle était la volonté de Dieu, qu’en faisant le mal.

Cette idée de bienveillante providence divine, donnée comme allant de soi, est pourtant déjà mise en cause dès l’Ancien Testament : pour Tb 12,10, le problème n’est pas tant la rétribution divine que les torts que les méchants se font à eux-mêmes ; et Ml 3,15 ose dire : « ils prospèrent, ceux qui font le mal ; ils mettent Dieu à l’épreuve et ils s’en tirent ! » (FBJ)

Le verset précédent laissait à désirer tant il est connu que le bien n’est pas toujours récompensé. Un autre argument est donc invoqué : faire le bien en étant payé par le mal a une valeur exemplaire et sanctificatrice. C’est le gage d’une réelle espérance et le modèle d’une bonne conduite. Mais là, l’auteur ne garantit aucune récompense : les termes qui viennent sous sa plume sont calomnie et souffrance ! On peut s’étonner, par rapport aux propos équivalents de Paul, que l’auteur n’évoque pas spontanément la configuration au Christ : elle vient dans les versets suivants, mais indirectement en faisant référence à une hymne.

18Le Christ lui-même est mort une fois pour les péchés, juste pour des injustes, afin de nous mener à Dieu. Mis à mort selon la chair, il a été vivifié selon l’esprit. 19C’est en lui qu’il s’en alla même prêcher aux esprits en prison, 20à ceux qui jadis avaient refusé de croire lorsque se prolongeait la patience de Dieu, aux jours où Noé construisait l’Arche, dans laquelle un petit nombre, en tout huit personnes, furent sauvées à travers l’eau. 21Ce qui y correspond, c’est le baptême qui vous sauve à présent et qui n’est pas l’enlèvement d’une souillure charnelle, mais l’engagement à Dieu d’une bonne conscience par la résurrection de Jésus Christ, 22lui qui, passé au ciel, est à la droite de Dieu, après s’être soumis les Anges, les Dominations et les Puissances.               

Une nouvelle justification va donc venir, évoquant les usages pauliniens : l’exemple donné par le Christ. Les versets 18-22 suivent dans leur ensemble un schéma connu : rappel de la mort, passage par les enfers, résurrection, exaltation. Le baptême est explicitement mentionné, et il est clair que ces versets sont l’écho d’une hymne baptismale. Seulement, jusqu’où s’étend cette hymne ? À lui tout seul, le verset 18 constitue un ensemble hymnique complet, et ce qui suit paraît plutôt commenter le passage au shéol et constituer une sorte de catéchèse.

Les sources de ce verset 18 sont communes et connues : mort pour les péchés (cf. 1 Co 15,3) , une fois (apax, cf. He 9,28), selon la chair/selon l’esprit (Rm 1,3 ; 8,5), mort/vie.

La patience de Dieu rappelle les propos de Paul en Rm 3,21-25.

Les esprits en prison sont ceux qui ont refusé de croire, sans que soit évoqué l’objet de la foi.

Le baptême est considéré comme la nouvelle arche de salut, qui permet de traverser les eaux de la mort. Ce thème de l’arche de Noé se retrouve en Mt 24,38//Lc 17,27 pour évoquer la fin des temps ; en He 11,7 pour évoquer la foi de Noé. Mais cette référence baptismale est très singulière.

Singulier aussi le rappel sur la vraie nature du baptême qui n’est donc pas enlèvement d’une souillure charnelle, mais remise de soi à Dieu. Faut-il soupçonner une pointe anti-paulinienne ?

Si le verset 18 évoquait l’hymne de 1 Tm 3, 16, le verset 22 renvoie plutôt à Col 1,15-20.

Le thème de la session de Jésus à la droite de Dieu se retrouve à plusieurs reprises dans le NT, et il semble avoir pour origine une assimilation au Fils de l’homme : cf. Ac 7,55-56 ; Rm 8,34 ; Col 3,1.

Chapitre 4

 1Le Christ ayant donc souffert dans la chair, vous aussi armez-vous de cette même pensée, à savoir : celui qui a souffert dans la chair a rompu avec le péché, 2pour passer le temps qui reste à vivre dans la chair, non plus selon les passions humaines, mais selon le vouloir divin. 3Il suffit bien en effet d’avoir accompli dans le passé la volonté des païens, en se prêtant aux débauches, aux passions, aux saouleries, orgies, beuveries, au culte illicite des idoles. 4À ce sujet, ils jugent étrange que vous ne couriez pas avec eux vers ce torrent de perdition, et ils se répandent en outrages. 5Ils en rendront compte à celui qui est prêt à juger vivants et morts. 6C’est pour cela, en effet, que même aux morts a été annoncée la Bonne Nouvelle, afin que, jugés selon les hommes dans la chair, ils vivent selon Dieu dans l’esprit.               

L’exhortation des versets 1-3 a de nouveau une forte coloration baptismale. Elle oppose deux temps, celui d’avant et des passions humaines, à celui d’aujourd’hui, conforme au vouloir divin.

On remarque que, si la chair est mentionnée, l’esprit ne l’est pas : les deux le seront plus loin au verset 6.

Les passions diverses évoquées au verset 3 sont une vulgate anti-païenne.

Le verset 4 suggère que les païens continuent d’exercer, ou de vouloir exercer, un certain attrait sur les convertis au christianisme : le contexte politique est donc celui d’une lutte.

Pour soutenir la résistance des chrétiens, Pierre évoque la figure du Dieu juge. Ac 10,42 et 2 Tm 4,1 évoquent un tel jugement « des vivants et des morts », mais l’attribuent à Jésus : même si cela ne semble pas être le cas, il serait logique qu’il en soit de même ici, dans la mesure où celui qui est allé prêcher aux morts dans le chapitre précédent est Jésus.

Cette insistance sur la bonne nouvelle annoncée aux morts pourrait s’expliquer par des questionnements au sein de la communauté sur la situation de ceux qui les ont précédés.

7La fin de toutes choses est proche. Soyez donc sages et sobres en vue de la prière. 8Avant tout, conservez entre vous une grande charité, car la charité couvre une multitude de péchés. 9Pratiquez l’hospitalité les uns envers les autres, sans murmurer. 10Chacun selon la grâce reçue, mettez-vous au service les uns des autres, comme de bons intendants d’une multiple grâce de Dieu. 11Si quelqu’un parle, que ce soit comme les paroles de Dieu ; si quelqu’un assure le service, que ce soit comme par un mandat reçu de Dieu, afin qu’en tout Dieu soit glorifié par Jésus Christ, à qui sont la gloire et la puissance pour les siècles des siècles. Amen.   

Série d’exhortations classiques dans une homélie, sans liens rigoureux entre elles. Le thème le plus général est celui de la charité au sein de la communauté.

La dimension rédemptrice de la charité était attribuée par Tb 12,9 à l’aumône, et par Jc 5,20 à celui qui conduit un pécheur au salut. Dans les deux cas, il s’agit d’une forme de charité, mais le terme agapê n’apparaît pas. Et en 1 Co 13, la formule pétrinienne n’apparaît pas non plus. Pierre fait donc œuvre originale.

Les versets 10-11, où apparaît en grec le terme de charisme, nous reconduisent à proximité de 1 Co, en son chapitre 14 : mais alors que Paul juge de la validité d’un charisme sur l’effet qu’il produit dans la communauté, Pierre s’interroge en priorité sur sa provenance divine. Il s’agit pour lui de tout rapporter à Dieu.

12Très chers, ne jugez pas étrange l’incendie qui sévit au milieu de vous pour vous éprouver, comme s’il vous survenait quelque chose d’étrange. 13Mais, dans la mesure où vous participez aux souffrances du Christ, réjouissez-vous, afin que, lors de la révélation de sa gloire, vous soyez aussi dans la joie et l’allégresse. 14Heureux, si vous êtes outragés pour le nom du Christ, car l’Esprit de gloire, l’Esprit de Dieu repose sur vous.  15Que nul de vous n’ait à souffrir comme meurtrier, ou voleur, ou malfaiteur, ou comme délateur, 16mais si c’est comme chrétien, qu’il n’ait pas honte, qu’il glorifie Dieu de porter ce nom. 17Car le moment est venu de commencer le jugement par la maison de Dieu. Or s’il débute par nous, quelle sera la fin de ceux qui refusent de croire à la Bonne Nouvelle de Dieu ? 18Si le juste est à peine sauvé, l’impie, le pécheur, où se montrera-t-il ? 19Ainsi, que ceux qui souffrent selon le vouloir divin remettent leurs âmes au Créateur fidèle, en faisant le bien.

Les versets 12-19 reprennent le thème déjà évoqué de la dimension positive de la souffrance, du moins lorsque celle-ci est conforme au vouloir divin (v. 19). Cette insistance montre clairement que le contexte socio-politique est dur, défavorable aux chrétiens : d’ailleurs l’emploi du terme incendie est significatif.

Très frappant est le fait que la contrepartie de la participation aux souffrances du Christ n’est pas la résurrection (ni le terme lui-même ni sa racine n’apparaissent), mais « la joie et l’allégresse » ou la présence de l’Esprit : plus que de Paul donc, il est possible que l’inspiration provienne des Béatitudes (comparer v. 13 à Mt 5,12).

Il faut noter que le verbe « participer » est ici en grec koinoô, et non pas metechô : communion donc, avec une orientation plus spirituelle.

Les versets 15-16 reviennent sur un thème important, celui de l’exemplarité chrétienne (notons que « délateur » est une traduction particulière, le grec évoquant comme le propose la TOB le fait de surveiller les autres, de s’occuper de leurs affaires).

Chapitre 5 (commentaire à compléter)

1Les anciens qui sont parmi nous, je les exhorte, moi, ancien comme eux, témoin des souffrances du Christ, et qui dois participer à la gloire qui va être révélée. 2Paissez le troupeau de Dieu qui vous est confié, veillant sur lui, non par contrainte, mais de bon gré, selon Dieu ; non pour un gain sordide, mais avec l’élan du cœur ; 3non pas en faisant les seigneurs à l’égard de ceux qui vous sont échus en partage, mais en devenant les modèles du troupeau. 4Et quand paraîtra le Chef des pasteurs, vous recevrez la couronne de gloire qui ne se flétrit pas.      

5Pareillement, les jeunes, soyez soumis aux anciens : revêtez-vous tous d’humilité dans vos rapports mutuels, car Dieu résiste aux orgueilleux, mais c’est aux humbles qu’il donne sa grâce. 6Humiliez-vous donc sous la puissante main de Dieu, pour qu’il vous élève au bon moment ; 7de toute votre inquiétude, déchargez-vous sur lui, car il a soin de vous.      

8Soyez sobres, veillez. Votre partie adverse, le Diable, comme un lion rugissant, rôde, cherchant qui dévorer. 9Résistez-lui, fermes dans la foi, sachant que c’est le même genre de souffrance que la communauté des frères, répandue dans le monde, supporte. 10Quand vous aurez un peu souffert, le Dieu de toute grâce, qui vous a appelés à sa gloire éternelle, dans le Christ, vous rétablira lui-même, vous affermira, vous fortifiera, vous rendra inébranlables.     

11À Lui la puissance pour les siècles des siècles ! Amen. 12Je vous écris ces quelques mots par Silvain, que je tiens pour un frère fidèle, pour vous exhorter et attester que telle est la vraie grâce de Dieu : tenez-vous-y. 13Celle qui est à Babylone, élue comme vous, vous salue, ainsi que Marc, mon fils. 14Saluez-vous les uns les autres dans un baiser de charité. Paix à vous tous qui êtes dans le Christ !  

Sylvain est donc le secrétaire de cette lettre : il semble qu’il soit ce personnage évoqué  en 2 Co 1,19, 1 Th 1,1 ou 2 Th 1,1. S’il a bénéficié d’une certaine liberté d’écriture, on peut comprendre que notre lettre offre des proximités avec la littérature paulinienne.

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