La Bible dit-elle vrai sur…

« La Bible dit-elle vrai ? » était la thématique de trois conférences données cet été 2019 à La Rochelle, dans le cadre de l’animation pastorale. J’ai donc interrogé la Bible sur trois domaines :

  1. La création du monde
  2. L’homme et la vie humaine
  3. Le péché, le mal, la souffrance.

Je commence donc tout de suite avec

La création du monde

Le 24 mai 2015, il y a donc à peine plus de quatre ans, le pape François publiait l’encyclique Laudato Si, « Loué sois-tu ». Les premiers mots de l’encyclique, par lesquels on désigne traditionnellement un texte papal, reprenaient la thématique de saint François d’Assise dans son fameux cantique et annonçaient la couleur, une louange et une défense de la Création, mais aussi une réflexion sur ce qu’elle est devenue, sur ce que l’homme en a fait. Je dis bien « Création » et non pas « nature », comme les définit le pape : « La nature s’entend d’habitude comme un système qui s’analyse, se comprend et se gère, mais la création peut seulement être comprise comme un don qui surgit de la main ouverte du Père de tous, comme une réalité illuminée par l’amour qui nous appelle à une communion universelle » (§ 76). En d’autres termes, la nature oriente vers ce qui se voit se juge, la création oriente vers l’origine et appelle un créateur !

Le pape François a pris tout le monde par surprise non seulement par le sujet choisi, mais plus encore par la pénétration de son propos : que pouvait bien dire un pape sur un tel sujet que d’autres n’aient pas dit ? La pensée chrétienne pouvait-elle apporter quelque chose de neuf ? Quatre ans plus tard, chacun reconnaît que nous n’avons encore pas tiré, et moins encore mis en œuvre, tous les enseignements de cette remarquable encyclique.

Je n’ai pas l’intention, ni d’ailleurs le temps, d’en reprendre les principaux points pour vous montrer la nouveauté du propos et son intérêt : je vais aujourd’hui m’intéresser à ce qui concerne les fondements bibliques. Si vous considérez l’ensemble de l’encyclique, ils ne représentent qu’une petite partie du deuxième chapitre : après un constat, qui forme le premier chapitre intitulé « ce qui se passe dans notre maison », ce deuxième chapitre, intitulé « l’évangile de la création », comprend dix pages, et dix seulement, sur les fondements bibliques, sous le titre « la sagesse des récits bibliques ». Ce n’est pas rien, mais c’est quand même très peu : le titre même du chapitre le montre, je crois qu’il faut comprendre que le pape souhaitait parler à un public très large, pas nécessairement connaisseur des textes ou même les rejetant, et qu’il a choisi la prudence formelle du propos. C’est d’ailleurs ce qui en a fait le succès.

Pour ma part donc, je vais d’abord vous rappeler sur quels textes on peut se fonder, puis essayer de tirer quelques éléments clés des textes que j’aurai retenus.

LES TEXTES BIBLIQUES À NOTRE DISPOSITION

Beaucoup parmi vous savent sans doute que la Bible nous offre, dans son premier livre, celui de la Genèse, deux récits de création assez différents : le simple fait de cette dualité signale que ces récits n’ont pas de prétention scientifique, mais qu’ils portent des valeurs symboliques. Ce qui ne veut pas dire sans intérêt au contraire : le spirituel est fortement attaché au symbolique

Justement, pourquoi deux récits ? Ils ne sont pas du tout de la même facture : le premier est assez hiératique, ordonné, avec sa célèbre succession des jours, et une création de l’être humain dans lequel ce dernier ne joue pratiquement aucun rôle. C’est Dieu qui est aux commandes. Dans le deuxième récit, beaucoup plus visuel, qui a marqué toutes les époques et en particulier les peintres, Dieu est plutôt à l’arrière-plan, ce qui permet d’ailleurs d’intégrer le péché. Ces deux récits nous donnent des visions différentes, mais complémentaires, du rôle de Dieu dans l’univers et de la place qu’y tient l’être humain.

Je voudrais rappeler que nous avons d’autres récits qui évoquent la création du monde, sous un autre jour, dans l’Ancien mais aussi dans le Nouveau Testament. Il y a ceux qu’évoque le Pape dans ses références, mais il s’en trouve aussi beaucoup d’autres.

Je pense par exemple à Pr 8, 22-30, avec son éloge de la Sagesse créatrice :

« Le Seigneur m’a créée, prémices de son œuvre, avant ses œuvres les plus anciennes.

Dès l’éternité je fus établie, dès le principe, avant l’origine de la terre.

Quand les abîmes n’étaient pas, je fus enfantée, quand n’étaient pas les sources aux eaux abondantes. […]

Quand il [Dieu] affermit les cieux, j’étais là, quand il traça un cercle à la surface de l’abîme,

quand il condensa les nuées d’en haut, quand se gonflèrent les sources de l’abîme,

quand il assigna son terme à la mer, — et les eaux n’en franchiront pas le bord — quand il traça les fondements de la terre,

j’étais à ses côtés comme le maître d’œuvre, je faisais ses délices, jour après jour, m’ébattant tout le temps en sa présence »

Sur plusieurs points, il est clair que ce passage constitue une méditation sur la création telle qu’elle est présentée dans le livre de la Genèse : évocation du principe, des limites à ne pas franchir.

Certains psaumes, tel le psaume 104, 1-10, se situent dans une tout autre ligne : ce sont des prières qui vantent la beauté de la nature telle qu’elle apparaît aux yeux des hommes :

« Bénis le Seigneur, mon âme. Seigneur, mon Dieu, tu es si grand ! Vêtu de faste et d’éclat,

drapé de lumière comme d’un manteau, tu déploies les cieux comme une tente,

tu bâtis sur les eaux tes chambres hautes ; faisant des nuées ton char, tu t’avances sur les ailes du vent ;

tu prends les vents pour messagers, pour serviteurs un feu de flammes.

Tu poses la terre sur ses bases, inébranlable pour les siècles des siècles.

De l’abîme tu la couvres comme d’un vêtement, sur les montagnes se tenaient les eaux.

À ta menace, elles prennent la fuite, à la voix de ton tonnerre, elles s’échappent ;

elles sautent les montagnes, elles descendent les vallées vers le lieu que tu leur as assigné ;

tu mets une limite à ne pas franchir, qu’elles ne reviennent couvrir la terre.

Dans les ravins tu fais jaillir les sources, elles cheminent au milieu des montagnes… »

Et j’ajoute encore un passage tiré du Nouveau Testament, qui va « mettre en scène » Jésus, dans la lettre de saint Paul aux Colossiens (1,15-17) :

« Il est l’image du Dieu invisible, Premier-Né de toute créature, car c’est en lui qu’ont été créées toutes choses dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles, Trônes, Seigneuries, Principautés, Puissances ; tout a été créé par lui et pour lui. Il est avant toute chose et tout subsiste en lui. »

Ce texte est un peu à la charnière des deux autres : il constitue lui aussi une méditation sur le récit de la Genèse, avec les « en lui » et le thème de l’image, mais il est aussi une confession de foi destinée à évoquer Jésus comme la nouvelle Sagesse.

À partir de ces textes, et d’autres que je n’ai pas cités, je voudrais mettre en valeur trois traits qui caractérisent la Création dans la Bible d’un point de vue chrétien, mais avec quelques références à la tradition juive : origine divine, ordre, émerveillement.

ORIGINE DIVINE

LA TRINITÉ CRÉATRICE

En tant que chrétien, que je parle de l’origine divine de la Création n’étonnera sans doute personne. Beaucoup d’entre vous savent connaissent les premiers mots du livre de la Genèse : « Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre » (Gn 1,1). Ces mots disent beaucoup plus qu’il n’y paraît.

On peut s’étonner : il n’y a encore aucun temps, aucun monde, nous sommes dans l’éternité de Dieu. Certains commentateurs préfèrent traduire « En tête » ou « Au principe », ce qui est parfaitement possible, et met de côté l’idée temporelle au profit d’une thématique de suprématie. C’est sans doute ainsi que la lit une hymne liturgique reprise par Paul en Colossiens 1 lorsque celui-ci il écrit et pensant clairement à Jésus : « en lui ont été créées toutes choses ».

Pour l’apôtre, pas de doute : Jésus n’est pas un être créé, il existe de toute éternité, et se trouvait aux côtés de Dieu lors de la création. Étonnant peut-être, mais pas absolument neuf puisque l’on a vu tout à l’heure que la tradition juive imaginait déjà une figure spécifique, la Sagesse, présente aux côtés du Dieu créateur.

Mais la tradition chrétienne va elle un peu plus loin, puisqu’elle note la mention d’un souffle, dit de Dieu et qui n’est pas créé. Il est difficile, compte tenu d’ailleurs du terme employé en hébreu, de ne pas y reconnaître l’Esprit-Saint. Ainsi la création apparaît-elle au lecteur chrétien comme une œuvre trinitaire. Vous vous demandez peut-être l’intérêt de cette remarque ?

L’intérêt vient du fait que la Trinité n’apparaît pas comme une réalité figée, mais « circulaire ». Une illustration, pour autant que l’on puisse utiliser ce mot, s’en trouve dans la fameuse icône de Roublev, qui ne veut pas être une représentation trinitaire, mais celle de l’apparition de trois personnages à Abraham en Gn 18 : ils sont tantôt trois dans le texte, tantôt un, et l’imagination se trouble. En fait, ils sont trois agissant en un, et Roublev a tenté d’en rendre le mouvement dans sa fameuse icône. Et ce mouvement est celui de l’amour.

Il ressort donc que si l’homme est créé à l’image de Dieu, il l’est à l’image du Dieu Trinité, autrement dit destiné à vivre dans l’amour et l’unité.

LA CRÉATION PAR RETRAIT

La thématique temporelle va revenir dans la suite du récit, je la néglige pour le moment. Il nous est dit aussitôt que Dieu « créa » : il créa donc à partir de rien, mais la question se pose de savoir dans quel espace. En effet, Dieu est a priori seul et présent partout, « occupant tout l’espace disponible ». En pensant à cette question, la tradition juive tardive, celle de la Kabbale, estime que « Dieu s’est retiré de lui-même ».

Cela peut nous paraître absurde ou bizarre, mais si l’on peut avoir une idée de ce processus en pensant à ce qui advient de la naissance d’un enfant dans le sein de sa mère : d’une certaine manière, elle aussi se retire d’elle-même pour faire de la place à l’embryon. Cet embryon se trouve toujours comme enfermé dans le sein de la mère avant d’en être expulsé lors de l’accouchement. Un peu de la même manière, le monde créé se trouve en Dieu, en particulier le jardin d’Eden, avant de vivre d’une existence autonome après l’expulsion du paradis.

Et l’on peut aller plus loin, en tirer un enseignement valable pour chacun de nous. Il suffit de penser à ce qu’il en est d’une vraie rencontre : pour accueillir l’autre en vérité, dans sa pensée particulière, pour pouvoir entendre vraiment ce qu’il dit et non pas ce que nous croyons spontanément qu’il dit nous sommes obligés de nous retirer de nous-mêmes… Laisser un espace en nous, et entre l’autre et nous. Ce qui est vrai aussi pour la rencontre avec Dieu.

LA CRÉATION PAR SÉPARATION ET DISTINCTION

Poursuivons notre lecture. Il nous est dit que Dieu créa « le ciel et la terre ». D’emblée nous trouvons ici quelque chose que nous retrouverons plusieurs fois dans la suite du texte : le « et » a une valeur disjonctive, et Dieu opère une distinction. Plus loin, nous apprendrons que cette distinction se fait par séparation, laquelle est ici acquise d’emblée. On notera que cette distinction pose d’emblée que Dieu n’est ni la terre, ni le ciel. Ce sont des réalités créées, distinctes de lui, et, c’est important dans le contexte de l’époque : les éléments de la création sont précisément créés, et il ne peut être question de les adorer. Pour le dire avec les mots du pape François : « la pensée judéo-chrétienne a démystifié la nature. Sans cesser de l’admirer pour sa splendeur et son immensité, elle ne lui a plus attribué de caractère divin. De cette manière, notre engagement envers elle est davantage mis en exergue. Un retour à la nature ne peut se faire au prix de la liberté et de la responsabilité de l’être humain » (§ 78).

Remarquons ensuite que Dieu crée la lumière, mais non pas les ténèbres, qui ne sont donc en définitive que de la « non-lumière ». De la même manière, mais c’est un autre sujet, que le mal n’a pas en théologie d’être, il est du non-être, du non-bien. Je passe et remarque que Dieu sépare. Ce thème de la séparation qui se présente pour la première fois au verset 3, et qui en soi, dans son origine, est nécessaire pour éviter la confusion, va connaître une longue postérité et, je me risque à le dire, une dérive dans la tradition juive et jusqu’à aujourd’hui : celle-ci sépare les hommes des femmes, les juifs des païens, les pieux des impies. Jésus d’abord, Paul surtout ensuite, n’auront de cesse de renverser les murs créés par cette thématique de la séparation, qui est sans doute encore présente dans bien des esprits défendant la construction du mur entre Jérusalem et Bethléem. Aujourd’hui, une des thématiques du pape François voudrait remplacer les murs par des ponts…

En théologie chrétienne, quand on sépare pour les besoins de la réflexion ou de la création, c’est aussi pour unir : les eaux d’en haut et celles d’en-bas, l’homme et la femme etc.

ORDRE

La création se prolonge, je ne vais pas en reprendre tous les éléments, mais je voudrais revenir à cette question des jours, car je n’aborderai la question de l’homme que dans une autre conférence. Le narrateur égrène ces jours, tous différents, jusqu’au septième (2,2). Encore une fois, il ne s’agit pas ici d’être scientifique, mais bien plutôt de montrer que cette création est ordonnée et diversifiée : en fait, toute l’œuvre de création consiste à mettre de l’ordre là où il n’y en a pas, dans le tohu-bohu évoqué en 1,1.

Cet ordre est celui qui permet et respecte la distinction : il est conforme à l’idée de séparation. L’uniformisation des jours autour d’une frénésie consommatrice, nous guette, elle est de l’intérêt des lobbies économiques. Je repense souvent au film « Les temps modernes », dans lequel Charlie Chaplin travaille à la chaîne avec des gestes répétitifs : pas de pause, toujours la même chose. Paradoxalement, alors que l’on pourrait penser que nous sommes loin de tout cela, j’ai souvent l’impression que nous y revenons : la différenciation recherchée n’est souvent qu’illusoire, le jean, les baskets, le smartphone, le casque sur les oreilles, les magasins de fringues, les rues commerçantes, où voyez-vous la différence ? Elle doit se chercher et se vivre à un autre niveau.

Et l’apothéose s’en trouve dans le septième jour, celui du sabbat, au cours duquel on se réjouit et célèbre la création ainsi ordonnée. Bien sûr, aujourd’hui, derrière ce repos du septième jour, se profile le dimanche, et ce que l’on en fait : il est appelé à être profondément différent des autres jours, par une forme non seulement de repos, mais aussi de re-création en Dieu.

Pas seulement pour nous, mais pour la création tout entière : si l’homme est invité à marquer des temps de repos, il le fait aussi au bénéfice de la création qui a elle aussi besoin de ces temps-là. D’ailleurs, la proposition des Jubilés (Lv 25,8-22), qui sera mise en œuvre dans le contexte biblique, intègre aussi la création dans son repos et sa remise de dettes. Pour le dire encore avec les mots du pape François : « Dans cette perspective, le repos du septième jour n’est pas proposé seulement à l’être humain, mais aussi « afin que se reposent ton âne et ton bœuf » (Ex 23, 12). Nous nous apercevons ainsi que la Bible ne donne pas lieu à un anthropocentrisme despotique qui se désintéresserait des autres créatures » (§ 68).

ÉMERVEILLEMENT

Il y a très longtemps de cela, je me suis plongé dans un gros volume consacré à la philosophie du judaïsme, intitulé « Dieu en quête de l’homme » avec pour sous-titre « Philosophie du judaïsme ». Son auteur, Abraham Heschel, consacre son premier chapitre à vanter l’émerveillement, et à expliquer qu’il est le premier pas vers la réflexion philosophique et théologique.

Cet émerveillement, on le trouve sans cesse dans la Bible, par exemple dans le psaume 8, qui nous propose une contemplation du monde créé et de la condition humaine. Il est suffisamment court pour que je puisse vous le citer dans son intégralité :

« 2 Seigneur, notre Dieu, qu’il est puissant ton nom par toute la terre ! Lui qui redit ta majesté plus haute que les cieux

 3 par la bouche des enfants, des tout petits, tu l’établis, lieu fort, à cause de tes adversaires pour réduire l’ennemi et le rebelle.

 4 A voir ton ciel, ouvrage de tes doigts, la lune et les étoiles, que tu fixas,

 5 qu’est donc le mortel, que tu t’en souviennes, le fils d’Adam, que tu le veuilles visiter ?

 6 A peine le fis-tu moindre qu’un dieu ; tu le couronnes de gloire et de beauté,

 7 pour qu’il domine sur l’œuvre de tes mains ; tout fut mis par toi sous ses pieds,

 8 brebis et bœufs, tous ensemble, et même les bêtes des champs,

 9 l’oiseau du ciel et les poissons de la mer, quand il va par les sentiers des mers.

10 Seigneur, notre Dieu, qu’il est puissant ton nom par toute la terre ! »

 

Mais revenons au premier chapitre du livre de la Genèse, dont vous connaissez sans doute le refrain : « Dieu vit que tout cela était bon ». Dans cette phrase, on met généralement l’accent sur « cela était bon », mais on devrait aussi le mettre sur « Dieu vit ». Parce qu’il faut s’arrêter et apprendre à voir. Et découvrir que la création, c’est la vie !

Au risque de déborder mon sujet, en vous parlant de la création inanimée ou animée et de sa beauté, je voudrais pour terminer cet entretien m’interroger. Ne suis-je pas en train de vous proposer une sorte de méthode Coué, tout ne montre-t-il pas autour de nous que tout n’est pas bon : catastrophes naturelles, guerres, attentats, isolement, pauvreté… Ce catalogue, vous l’avez tous les jours dans les médias. Mais il ne dit qu’une partie de la réalité, celle qui « saute plus immédiatement aux yeux ». Il existe une autre manière de voir les choses, les gens, les événements, mais celle-ci demande du discernement, un apprentissage, et finalement une autre manière de regarder. Avec le cœur, et presque toujours au prix de grandes brisures : ce que je veux dire par là, c’est que c’est souvent dans le malheur qu’on apprend à avoir où se trouve le vrai bonheur, et à s’émerveiller devant lui.

N’est-ce pas là ce qui explique le renversement opéré par Jésus dans une de ses toute premières interventions, je veux parler des Béatitudes ? Elles constituent un profond renversement de perspective, et elles nous sont proposées comme un guide. Béatitudes, bienheureux… Mais comment dire bienheureux les pauvres, les affligés ou les persécutés pour la justice si l’on s’en tient à ce que voient nos yeux de chair ? C’est tellement délicat qu’une solution a souvent été pour les commentateurs de s’appuyer sur le parallèle de Luc, qui dit : « voici que votre récompense sera grande dans le ciel » (6,23), et de comprendre le « ils seront » comme renvoyant au futur, après la mort. 

Mais je n’en crois rien : la récompense du ciel se vit dès maintenant sur la terre. Je pense à tous mes amis, parents d’enfants porteurs de différences comme une trisomie 21, et même à ceux qui ont perdu un enfant, et qui, tout en pleurant de leur malheur, tout en sachant qu’ils porteront la cicatrice du drame toute leur vie, affirment vivre un vrai bonheur. Très différent de celui qu’ils avaient imaginé, mais non moins réel.

Voilà, j’ai un peu débordé mon sujet, en évoquant l’homme et ce qu’il peut vivre et ressentir de la création. Ce qui fera l’objet d’une autre conférence.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.