De la première à la dernière place

L’une des lectures possibles du texte de la tentation d’Adam et Ève en Genèse 3 est la suivante : le serpent les a conduits à perdre la place qui était la leur auprès de Dieu dans le jardin d’Eden pour un strapontin sur la terre des hommes ! En d’autres termes, ils avaient une place de choix qu’ils n’ont pas su reconnaître et ils l’ont perdue en étant le jouet d’une illusion/tentation. Depuis Adam et Ève, l’homme n’a de cesse de chercher à retrouver cette première place, première au sens d’originelle. La seule qui mérite de se battre pour elle, et qui bénéficie d’un incessant secours divin : « Adam où es-tu ? » (Gn 3,9)

La première placeTout homme cherche donc sa place, au prix d’une quête difficile. Nul ne se propose de « faire du surplace » au risque de se figer dans une forme de mort. Mais la place que l’homme cherche est souvent celle qu’on veut lui prendre. Alors, notre monde l’invite à rechercher la première place, parce qu’elle semble sans rivale : il n’en est rien, elle est l’objet de toutes les convoitises.  Est-ce donc vraiment celle dont il faut se mettre en quête ?

Cette question de la bonne place à trouver dans notre monde, ou dans celui à venir, revient à plusieurs reprises dans le Nouveau Testament. On pense entre autres à l’évangile de « Marthe et Marie » (Lc 10,38-42), où Marie aurait choisi la « meilleure place » ; mais aussi à la demande de la mère des fils de Zébédée (Mt 20,20-21) qui demande à Jésus de mettre ses deux fils à sa droite et à sa gauche dans le Royaume ; ou encore à la remarque de Jésus selon qui « beaucoup de premiers seront derniers, et de derniers seront premiers » (Mt 19,30).

En fait, il n’y a pas de meilleure place que la dernière, comme le rappelle Jésus : « Lorsque quelqu’un t’invite à un repas de noces, ne va pas t’étendre sur le premier divan, de peur qu’un plus digne que toi n’ait été invité par ton hôte, et que celui qui vous a invités, toi et lui, ne vienne te dire : Cède-lui la place. Et alors tu devrais, plein de confusion, aller occuper la dernière place. Au contraire, lorsque tu es invité, va te mettre à la dernière place, de façon qu’à son arrivée celui qui t’a invité te dise : Mon ami, monte plus haut » (Lc 14,8-10).

C’est un changement radical de point de vue et de vie, à l’instar de ce qu’ont connu des saint Paul, saint François d’Assise ou sainte Thérèse de Calcutta. Mais il y a plusieurs très bonnes raisons à s’engager dans cette voie, sans aucun masochisme :

  • Il s’agit d’une place généralement peu disputée.
  • Elle est celle qu’a choisie Jésus sur notre terre, lui qui « de riche qu’il était, s’est fait pauvre » (2 Co 8,9), lui qui « insulté, ne rendit pas l’insulte, s’en remettant à celui qui juge avec justice » (1 P 2,23).
  • De sorte que cette place est la plus sûre pour que le Seigneur vienne nous y chercher et nous fasse la grâce de monter plus haut, avec lui.

Car il nous faut bien comprendre ce « plus haut » : il ne s’agit pas de se lancer à nouveau dans quelque combat que ce soit pour une place de choix sur la terre, mais bien de retrouver notre place au ciel. Cette place qu’Adam et Ève n’auraient jamais dû quitter, « la meilleure », celle qu’a choisie Marie (sœur de Marthe) aux côtés de Jésus.

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