Accueillez avec douceur la parole de Dieu semée en vous

Prédication sur la parole de Dieu à partir de Dt 4, 1-2.6-8 ; Jc 1, 17-18.21b-22.27 et Mc 7, 1-8.14-15.21-23

Parole de Dieu

Frères et sœurs, peut-être vais-je vous surprendre en vous faisant une révélation fracassante : la parole de Dieu que nous venons d’entendre dans nos trois lectures est parole, et elle est de Dieu. Bon, je veux bien l’admettre, c’est banal, mais peut-être moins que l’on pense à bien y réfléchir.

Elle est parole : ordonnances ou loi, dit le Deutéronome ; parole de vérité semée en vous dit l’apôtre Jacques ; traditions des anciens est-il dit dans l’évangile de Marc. Comme parole, elle doit être reçue, écoutée, méditée, mais surtout interprétée. L’idée même de « traditions » ne doit pas nous induire en erreur : ce qui se transmet se transmet par des mots, qui n’ont pas tous le même sens pour tout le monde et tout au long des temps. Oui, la parole est sans cesse et inévitablement soumise à interprétation et réinterprétation, du coup aussi à controverse comme le manifeste notre évangile. Tant mieux, car c’est souvent de la controverse que naît une bonne interprétation.

En 1981, le sociologue et théologien protestant, Jacques Ellul, publiait une étude remarquable et toujours d’actualité comparant la parole et l’image. Dans ce livre intitulé « La parole humiliée », Ellul notait que l’image est fixe, se déploie dans l’espace, s’impose immédiatement. Elle ne favorise pas la réflexion, mais constitue un élément fondamental pour la société technique qui est la nôtre : nous en avons mille exemples chaque jour. Je mets à parti l’icône qui est parole beaucoup plus qu’image. En revanche, la parole se déploie dans le temps, ne se donne jamais d’un seul coup, suscite de multiples lectures, ces interprétations que je viens d’évoquer. Pour lui, la parole ne pouvait être que le moyen privilégié par lequel Dieu se fait connaître à l’homme.

La parole de Dieu est donc parole, avec sa fragilité initiale, mais aussi sa permanence dans le temps. Et elle est aussi de Dieu, ce qui lui donne une force sans équivalent. Jésus, remarquent les évangélistes, a frappé ses contemporains par sa capacité à soulever les cœurs, à guérir les corps, mais aussi, et peut-être surtout, par l’autorité de sa parole qui, comme parole de Dieu, fait ce qu’elle dit.

Mais il ne veut pas garder cette capacité pour lui, il souhaite nous associer à son œuvre : voilà pourquoi il nous dit par exemple que, si nous avions la foi grosse comme un grain de moutarde, nous pourrions déplacer une montagne. Et ne me dîtes pas aussitôt que c’est une manière de… parler : cela, c’est ce qui caractérise les faux prophètes, les faux disciples, qui ramènent la parole de Dieu à un simple exercice de style, et finalement à leur propre parole. La parole de Dieu ne revient pas, dit le prophète Isaïe, sans avoir porté du fruit, un fruit qui demeure commentera saint Jean.

Alors, frères et sœurs, lisez la parole de Dieu, méditez-la, laissez-la résonner en vous, emparez-vous d’elle. Au départ, c’est une ascèse, voire une amertume dira le voyant de l’Apocalypse, mais ensuite une douceur analogue à celle du miel, dira ce même voyant, une rencontre et une vraie joie. Alors, frères et sœurs, laissez-moi vous le dire avec les mots de l’apôtre Jacques : « Accueillez avec douceur la parole semée en vous ».

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