Peut-on croire encore au péché originel ?

Rappelons qu’il s’agit là d’une thématique née d’un passage quelque peu obscur de la lettre aux Romains : « de même que par un seul homme le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort, et qu’ainsi la mort a passé en tous les hommes, du fait que tous ont péché » (Rm 5,12, traduction Bible de Jérusalem, 1973).
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La question qui se pose est de savoir comment la mort a passé en tous les hommes, autrement dit et pour simplifier comment le péché s’est transmis d’Adam à sa descendance. Un simple regard sur d’autres traductions montre que la difficulté repose sur l’élément final « du fait que » : la traduction 1998 de la même Bible de Jérusalem propose maintenant « situation dans laquelle tous ont péché ». Le grec d’origine consiste en une préposition suivie d’un relatif, dont on ne sait pas vraiment s’il est un masculin ou un neutre, et à qui ou à quoi il se rapporte.
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Sans doute faut-il désormais oublier une traduction qui a longtemps été majoritaire, dans laquelle ce relatif était rapporté à Adam : « en qui tous ont péché ». En effet, la fixation s’est alors portée sur la transmission et son mode, et hélas ! l’union sexuelle a souvent été considérée comme le vecteur du péché originel.
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Je reviens donc à l’évolution manifeste des traducteurs de la Bible de Jérusalem : en 1983, ils ne nous disent pas vraiment comment « tous ont péché ». En 1998, ils sont plus précis : cela résulte d’une « situation ». La chose paraît à peine plus claire, mais je pense pourtant qu’elle l’est.
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Pour le comprendre, il faut se tourner vers le récit qui a motivé cette réflexion sur le péché, à savoir Gn 3 et l’évocation de la faute d’Adam. Quelle que soit cette faute, ce qui est un autre sujet, elle conduit à expulser Adam du paradis, de sorte qu’il ne voit plus Dieu face à face : en d’autres termes, la faute donne naissance au « monde des hommes », séparé de celui de Dieu et marqué par la distance d’avec Dieu. Une distance que l’homme peut faire grandir par son péché personnel ou, au contraire, réduire par sa sainteté.
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En d’autres termes, le « péché originel » consiste à reconnaître que, par son entrée dans le monde, tout être humain n’est pas spontanément tourné vers Dieu et le bien, mais est soumis à la loi du péché… et de la mort ! Il n’y a là rien de morbide, dans la mesure où, depuis ce péché d’Adam, Dieu n’a de cesse de venir vers l’homme pour le reconduire au paradis. Jusqu’à donner son Fils pour lui ouvrir le chemin.
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Il s’agit bien d’une « situation » nouvelle d’inclination au péché, qui touche toute la création (cf. Rm 8,19-20), et à laquelle, du seul fait de sa venue au monde, nul homme ne peut échapper. Sauf prévenance spéciale de Dieu : pour les catholiques, cette prévenance n’a pas seulement touché Jésus, exempt de toute faute, mais aussi Marie.

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