Oncle Picsou et nous

Et un Beauvau de la Sécurité par ci, et un Grenelle de la Santé par là, que va-t-on encore pouvoir inventer, et surtout dépenser, pour satisfaire les revendications des Français, toutes plus légitimes les unes que les autres ? Les échéances électorales approchant, l’argent coule à flots, merci M. Picsou. A Paris, à Marseille, les chiffres les plus fous volent, au point de faire paraître les clubs de football pour des petits joueurs ! Dès qu’il ne s’agit plus de son argent personnel, il est tentant et facile de devenir prodigue. Et je me demande si l’on ne va pas finir un jour avec un Bercy de la Déculottée !

A la manœuvre, M. Loyal, un sacré dresseur de chevaux, ou de cheveux diront certains. Mais la cour des comptes le ménage, préférant s’en prendre, non sans raisons, à la gestion du cabinet de l’Outre-Mer. Symptomatique elle aussi, actuelle, mais courant depuis des années. Avant que M. Loyal ne rentre en scène.

Il n’est pas seul, loin de là, à vouloir calmer les démangeaisons des Français en se servant d’un arrosoir. L’oncle Picsou semble faire école en faisant couler de n’importe quel robinet une eau inépuisable, celle de la richesse. J’avais appris il y a quelques années que le prix de la tulipe à Paris avait atteint des sommets, on parlait de centaines de milliers d’euros. J’apprends aujourd’hui qu’il faut plus d’un million d’euros pour empêcher l’Arc de Triomphe d’avoir froid en le couvrant d’une ignoble parure, du moins pendant trois semaines : mais il paraît que ce n’est heureusement pas de l’argent public.

Il reste que le péquin moyen que je suis et que je représente un peu est stupéfait, et souffre de tournis devant les chiffres annoncés. Lui qui compte prudemment ses dépenses, et constate que tant de personnes autour de lui manquent de quelques dizaines d’euros pour se vêtir, se loger, se nourrir, se soigner. Là, M. Picsou est trop souvent lointain ou absent !

La modération et la redistribution des richesses sont-elles devenues des notions totalement caduques, reliques d’un autre temps ? Peut-on encore se prévaloir de la théorie du ruissellement qui apparait de plus en plus comme une forme mythique de dédouanement ? On dira qu’il en a toujours été ainsi, que le fossé entre riches et pauvres a toujours existé, ce qui est vrai. Mais n’est-il pas en train de se creuser démesurément et dangereusement, au point de faire tanguer nos sociétés et de susciter de violentes et inévitables réactions ? Dont il sera difficile de dire qu’elles ne sont pas justifiées.

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