La soif de posséder

Mes sœurs, chers amis, les lectures bibliques de ce dimanche évoquent la soif de posséder. Rien de nouveau sous le soleil, comme dirait Qohélet : c’est bien sur la suggestion du serpent tentateur et en pensant posséder quelque chose de nouveau, « être comme des dieux », qu’Adam et Eve se sont emparés du fruit convoité. Et c’est encore ainsi tous les jours pour chacun de nous, ne serait-ce que par le biais des publicités trompeuses !

Mais ce n’est pas tant cette soif qui est en cause puisqu’elle pourrait être bénéfique si elle était redistribuée. Le problème vient précisément de l’accaparement, qui est la conséquence d’une peur de manquer, et qui nous concerne tous dans la mesure où nous ne sommes pas des dieux, mais des êtres incomplets. Cet accaparement prend les formes les plus diverses, parfois amusantes et insignifiantes : je pense à ce frère dominicain chez lequel on avait retrouvé après sa mort des quantités de linge de toilette ! Habituellement, chez les Dominicains, ce sont plutôt les livres qui finissent par être envahissants !

Posséder

Comment faire face à cette soif si naturelle de posséder ? Dans la vie religieuse, il est fréquent que l’on demande aux frères ou aux sœurs de changer de cellule, ce qui les conduit à faire des tris et souvent à accepter des renoncements. Mais le commun des mortels ne va pas changer de lieu d’habitation tous les trois ans, encore que certains le font comme les diplomates et les militaires : ceux-là thésaurisent peu.

La meilleure solution, valable pour tous, est bien celle qu’évoque saint Paul dans la deuxième lecture : « revêtir l’homme nouveau ». Cela ne se fait pas le plus souvent en un jour, surtout que, contrairement aux apparences, il ne s’agit pas d’un changement extérieur, mais intérieur : pour saint Paul, c’est le cœur et non pas tant le corps qui doit être revêtu, cela demande du temps et ne se vérifie pas dans des défilés de mode. Paul en détaille les divers aspects : « Faites donc mourir en vous ce qui n’appartient qu’à la terre : débauche, impureté, passion, désir mauvais, et cette soif de posséder, qui est une idolâtrie. Plus de mensonge entre vous ».

Pourquoi se lancer dans cette aventure difficile du renoncement à posséder ? Parce qu’elle constitue finalement une libération. L’évangile le suggère à sa manière : c’est le règne du « toujours plus » qui mine l’homme et ce qu’il y a de meilleur en lui. « Pensez aux réalités d’en-haut, non à celles de la terre », nous disait saint Paul : vous serez plus libres et vous ne connaîtrez pas cette douloureuse vanité dont parlait Qohélet dans la première lecture.

Prédication prononcée le dimanche 31 juillet, chez les Bénédictines de Valognes, sur les textes suivants : Qohélet (ou Ecclésiaste) 1, 2 ; 2, 21-23 ; Colossiens 3, 1-5.9-11 ; Luc 12, 13-21.

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