Et moi et moi et… Toi !

N. B. La prédication ci-dessous était prévue pour être donnée chez les moniales dominicaines de Chalais, dans le cadre de la messe du 11 septembre 2022 retransmise sur France Culture. Le Covid en a décidé pour moi autrement ! Les lectures de cette messe étaient : Ex 32, 7-11.13-14 ; 1 Tm 1, 12-17 ; Lc 15, 1-10.

« Et moi, et moi et moi », chantait Jacques Dutronc en 1966. Voilà un refrain qui n’a rien perdu de son actualité et que ne susurrent pas seulement les enfants. Pour prendre un exemple parmi d’autres, voyez dans les journaux ou sur les réseaux sociaux les réactions souvent violentes qui s’expriment dès lors que le pape François évoque l’urgence d’annoncer l’évangile aux périphéries, autrement dit vers les brebis égarées. Confrontés à cette demande, beaucoup s’insurgent : « et moi, et moi et moi ».

Et ils continuent : « S’il s’agissait au moins d’une pierre précieuse, nous pourrions comprendre », mais une petite brebis, une simple brebis devrait-elle mobiliser le berger au point d’abandonner en rase désert l’ensemble du troupeau ? Les brebis les plus sages et les plus obéissantes du troupeau ne sont-elles pas négligées ?

J’espère, mes sœurs, chers amis présents ici ou sur les ondes, que vous ne raisonnez pas de la sorte. D’ailleurs, si la brebis est une sœur, un époux, une amie très chère, un enfant ou que sais-je encore, à moins de ne pas l’aimer en vérité, ne partirez-vous pas à sa recherche ? Le poète Lamartine l’assure à sa manière : « un seul être vous manque et tout est dépeuplé ». Il me semble que ceux qui s’insurgent pensent d’abord à eux et n’aiment pas vraiment.

A l’inverse, le berger, qu’il soit le Père ou le Fils, aime chaque brebis qu’il appelle par son nom. Voilà ce qui justifie que Jésus franchisse allègrement toutes les barrières et tous les usages pour venir à la rencontre de la brebis égarée. Et comme le manifeste la parabole du bon samaritain, sans discrimination d’origine, de religion, de valeur, de qualité, de nationalité.

La raison fondamentale d’une telle attitude est souvent oubliée : il s’agit du principe même de l’amour. L’amour vrai, celui qui se vit au cœur de la Trinité sainte et que Jésus nous appelle à accueillir et vivre, n’écarte pas, mais au contraire il relie et rassemble. Comme le bien, il vise à se répandre dans tout l’univers. Sans confusion : car l’amour fait de chacun un être unique et important. On nous dit que l’on peut aimer un peu, beaucoup, passionnément, à la folie ou pas du tout, mais à la vérité, tout amour n’est mesuré que par notre péché. Celui qui aime en vérité, grâce à l’amour qu’il reçoit de Jésus, aime chacun sans mesure de temps, de force ou d’espace.

Frères et sœurs, n’abandonnons donc jamais une brebis égarée. Aussi insignifiante soit-elle, elle a autant d’importance aux yeux du Seigneur, et elle doit en avoir autant à notre cœur, que la plus belle des pièces d’argent. En nous tournant vers elle, mettons-la en valeur et lui disant : « et toi, et toi, reviens avec nous » !

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