La raison du plus fort

Prédication du frère Hervé Ponsot pour le Lundi saint 2025.
Couvent saint-Dominique de Montpellier
Textes : Is 42, 1-7 ; Jn 12, 1-1

La raison du plus fort

Frères et sœurs, qui ne connaît pas la morale de la fable « Le loup et l’agneau », de Jean de la Fontaine : « La raison du plus fort est toujours la meilleure » ? Elle semble plus que jamais d’actualité, conforme à ce que l’on voit autour de nous et dans le monde : le loup mange l’agneau ! N’est-ce pas aussi ce que nous allons célébrer tout au long de notre semaine sainte ? Comment alors ne pas s’étonner que le prophète Isaïe dans la première lecture nous propose comme idéal, capable de donner le souffle à tous les peuples, une figure de faiblesse aussi modeste, discrète, effacée que ce fameux serviteur ?

Je vous propose avec prudence deux réponses. La première demande de se souvenir que, d’après un psaume, « mille ans sont pour Dieu comme un jour qui passe » (Ps. 90,4). Autrement dit, l’échelle du temps divin n’est pas du tout la nôtre. Nous attendons trop souvent, et de manière très compréhensible lorsqu’il nous semble y avoir urgence, par exemple en Ukraine ou dans d’autres zones de conflits, que Dieu se range à notre mesure. Pourtant, comme le dit saint Paul en Ga 4,4, il a fallu attendre « la plénitude des temps » pour que Dieu envoie son fils sur la terre. Décidément, il faut nous faire une raison, le temps de Dieu n’est pas le nôtre.

La deuxième raison est que nous sommes aveugles sur les modalités de la présence divine : ce n’est pas parce que nous ne la voyons pas qu’elle est absente. Surtout qu’il s’agit souvent d’une présence paradoxale. Pour prendre un exemple, il faut oser dire, comme cela s’est toujours dit, que les martyrs ne sont pas le signe d’un échec, mais semences divines qui préparent la survenue d’un autre monde. Ce qui est vrai des martyrs en général l’est plus encore de la Passion de Jésus.

Frères et sœurs, dimanche prochain, nous fêterons Pâque, la victoire de Jésus sur la mort. Cette Pâque n’aurait pas connu sa véritable dimension si elle n’avait été précédée par la Passion. Celle-ci doit nous apprendre à lire la réalité du monde autrement que ne le permettent nos yeux de chair. Souvenons-nous que la Passion de Jésus sera l’occasion d’un test de notre foi et de notre fidélité face à la raison du plus fort.

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