Le Brexit en défaut

A l’annonce du Brexit, nombre de défenseurs de la langue française, dont je fus et que je reste, se sont réjouis en se disant : « notre belle langue française va reprendre des couleurs ». J’avais eu à la défendre dans le cadre de l’Ecole biblique et archéologique française de Jérusalem, lorsque j’en étais le directeur : le soutien moral et financier de l’Académie des inscriptions et belles Lettres nous y invitait.

Au fil des ans, j’ai dû déchanter. il suffit de regarder autour de soi, comme je le fais par exemple dans les rues de Montpellier : les enseignes commerciales sont largement (je dirais au jugé de l »ordre de 40 à 50%) proposées en langue anglaise. On peut aussi écouter les gens autour de soi, dans la conversation courante, en particulier à la télévision nationale qui devrait pourtant se montrer exemplaire sur le sujet . C’est ainsi que l’on ne marque plus au rugby, on « score » (Note de l’Académie française : « l’étrange verbe scorer que l’on entend malheureusement trop souvent en lieu et place de marquer. Il s’agit d’un emprunt abusif à l’anglais to score, et parfaitement inutile car marquer remplit déjà ce rôle« ). Il est encore question de « people », d’un « brunch », d’un « golden ticket » chez des bons amis commerçants, et chacun peut multiplier les exemples, qui seraient encore plus nombreux si l’on regarde du côté des termes techniques.

Oui vraiment, au moins en ce qui concerne le retour vers la langue française, le Brexit n’a rien produit de bon. Il n’est pas seul en cause bien sûr. Une orthographe difficile à maîtriser, la méconnaissance par les plus jeunes générations de la riche littérature française, l’influence évidente des réseaux sociaux où l’on simplifie au maximum dans le souci d’être lu et compris de tous, la consommation massive de produits textiles, techniques, littéraires et autres, importés, sont des facteurs qui génèrent ou aggravent la mise en retrait de la langue française.

Existe-t-il un antidote ? Faut-il s’y faire ? Je ne sais que répondre. Il me semble que le retour à la lecture et la mise en retrait de « l’inquiétante imprégnation vidéo » qui joue sur l’émotion plus que sur l’intelligence (non artificielle bien sûr) et la réflexion, sont des préalables. Serai-je encore en vie pour en être le témoin ?

P. S. La photographie illustrant ce billet renvoie à un livre d’Alain Schiffres.

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