La joie chrétienne

La joie, oui la joie. Mais quelle joie ? Frères et sœurs, que de fois ai-je été, comme vous sans doute, exhorté à manifester ma joie : en participant à un événement festif, pour avoir entendu tel discours, pour avoir gagné je ne sais quelle épreuve, sans doute pas de sport, mais une autre… Allez, veuillez chanter, taper des mains puisque l’on ne peut plus le faire sur l’épaule du voisin, Covid oblige. Mais qu’est-ce donc que cette joie-là, provoquée, qui interviendrait sur commande ? Sitôt achevée, elle laisse généralement un goût amer.

La joie dont nous parlent les deux premières lectures est tout autre : elle n’a rien de spontanée, elle ne se cueille pas comme un fruit sur un arbre, elle est bien un fruit, mais celui d’une épreuve endurée et dépassée. Il suffit de lire les mots qui en accompagnent l’expression : ennemis, crainte, défaillance, salut chez Sophonie, inquiétude chez saint Paul.

La joie évangélique, et plus généralement la joie biblique, est une joie paradoxale, pascale. Elle peut donc suivre l’épreuve, mais aussi bien l’habiter. Je pense ici aux amis qui ont accueilli un enfant handicapé. Vous ne serez pas étonnés si je vous dis que, dans une première étape, la joie n’a pas dominé, mais plutôt le désespoir et les pleurs. Mais pour beaucoup d’entre eux, pas tous marqués par la foi chrétienne, l’entrée dans une autre forme de vie, dans un autre rapport aux gens, au temps, à la réussite, et surtout bien sûr à l’enfant handicapé, a fini par générer une joie dont ils sont heureux de témoigner. Sans pour autant que le handicap ait disparu.

La crèche et la croix (HolyArt)

Quel rapport entre cette joie-là et Noël, vous dîtes-vous peut-être. Bien sûr, la joie de Noël est celle d’une naissance, et elle se fête comme toute naissance. Mais s’il ne s’agissait que de cela, alors, elle n’aurait rien de particulier. La joie qui s’annonce aujourd’hui et qui doit nous animer est celle de la naissance d’un Sauveur, qui vient libérer l’homme de son péché et de sa vie sans but. Au prix de la mort du libérateur sur une croix. Autrement dit, cette joie ne peut se comprendre et se vivre qu’en reliant la naissance de Jésus à Bethléem à sa Pâque à Jérusalem.

Les deux événements ont en commun d’être marqués par la faiblesse comme par la force. Et c’est l’union des deux qui crée cette joie particulière, fragile et forte à la fois, sans égale, et qui n’a bien sûr rien à voir avec la joie forcée dont je vous parlais au début de ma prédication. Que devons-nous faire, demandent à Jean-Baptiste ceux qui le rejoignent ? Que devons-nous faire pour connaître cette joie, lui demanderions-nous peut-être aujourd’hui ? Vous l’aurez compris, rien de spécial, elle ne vient pas en tapant des mains. La joie chrétienne ne se décide pas sur commande, elle ne se provoque pas, elle est un don : elle se reçoit en vivant sa vie quotidienne au plus près de celle de Jésus qui vient ouvrir un chemin.

Une réponse à “La joie chrétienne”

  1. Merci, Père Hervé, pour ces mots sur la joie à recevoir.
    J’ai mis longtemps à la découvrir, ça a été un long chemin. Mais ce qui a comble ma joie quand elle m’est donnée c’est de découvrir que Dieu se réjouit avec moi! « Il aura en toi sa joie et son allégresse ». Sophonie ce dimanche
    C’est la joie du festin.
    Merci Hervé de me faire revivre de cette boucle : donner, recevoir et rendre grâce. j’avais oublié « demander ».
    Bonne route vers Noël.
    MF Rousseau, maman de Blandine…….

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