Discrétion et humilité du frère Denis Foucher

Le frère Denis Foucher nous a quittés pour le ciel soudainement et à pas de loups, avec la discrétion et l’humilité qui l’ont toujours caractérisé, ce 1er janvier 2022. Il allait avoir 76 ans, et souffrait depuis quelques années d’une maladie dégénérative, proche de celle d’Alzheimer, qui le limitait terriblement dans son expression, mais ne l’empêchait pas d’être très présent à la vie commune ou aux offices religieux. Il était là, très pieux, fidèle, souriant, accueillant, mais sans pouvoir communiquer.

Nous nous sommes connus à son arrivée dans le couvent de Toulouse, qui a coïncidé avec la mienne fin 1974. Il venait du monde scientifique, et de celui de la non-violence : il en vivait, mais déjà en parlait peu. Il n’était pas d’un tempérament très expansif. Si ma mémoire ne me trahit pas, je crois me souvenir qu’il avait fait avant son arrivée à Toulouse un pèlerinage à Jérusalem, en partie (ou la totalité ?) à pied. C’était de fait un excellent marcheur, et il l’a plus tard souvent montré dans les montagnes des Pyrénées : un vrai cabri !

Nous avons donc commencé notre noviciat ensemble, le 31 mai 1975, sous l’égide du frère Jean-René Bouchet, et avons prononcé nos vœux temporaires l’année suivante, le 10 juin 1976. Nous chemins se sont ensuite séparés, mais ils se sont croisés ou unis pour des sessions, et plus longuement au fil des études à Toulouse. Nous avons été ordonnés prêtres ensemble le 28 juin 1980 : célébration mémorable qui, autour de six frères, avait rassemblé 1500 invités dans l’église du couvent de Toulouse.

Il n’est pas facile de « dire Denis » : il ne laissait pas de grandes traces là où il passait, mais se signalait partout par sa gentillesse et son attention aux autres. J’ai parlé de discrétion et d’humilité, car Denis était plutôt petite souris que bon géant. Je me suis demandé s’il fallait voir là un héritage familial, lié à sa naissance et sa vie en Algérie, une période dont il n’a jamais vraiment parlé, et je l’attribue donc plutôt à un trait de caractère personnel : voulant bien faire, très scrupuleux, il doutait et hésitait facilement.

Avec cela, en toute obéissance religieuse, il a pourtant ajouté au fil du temps de multiples cordes à son arc, mais sans en privilégier une qui l’oriente et le fixe durablement : il a plutôt choisi de répondre aux attentes que l’on mettait en lui et qui correspondaient à sa disponibilité. Il fut donc aumônier d’étudiants ou curé de paroisse à Toulouse, en formation en langue arabe à Rome dans le fameux Pisaï, aumônier d’étudiants à La Réunion, responsable de l’église conventuelle à Bordeaux, enseignant au séminaire à Tananarive, puis Antsirabé, dans une certaine solitude dominicaine pendant laquelle il avait entrepris de maîtriser la difficile langue malgache, aumônier dans divers secteurs à Marseille où il vient de s’éteindre comme une bougie peu à peu consumée.

Quand un proche nous quitte après avoir souffert, comme ce fut aussi le cas du frère Rémy Bergeret en mai 2021, nous disons volontiers, non sans raison : il connaît enfin le soulagement et la paix. On ajoutera parfois que l’on a « gagné » un nouvel intercesseur au ciel. Mais on ne peut échapper pour autant à la tristesse de l’absence !

Triste, un mot qui se lit dans les réactions en ligne suite à l’annonce de la mort de Denis, mais qui n’est pas le mot qui revient le plus souvent et que j’ai moi-même employé : « gentil ». Non pas de cette gentillesse que l’on associe à l’absence de personnalité, mais de cette gentillesse communicative, qui marche au même pas que la douceur et qui devrait inspirer chacun de nous. Elle n’aime rien tant que la discrétion, celle que Denis a manifestée dans sa vie comme dans son départ pour le ciel.

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