Où se situe la grandeur ?

Une constante biblique

Grandeur et faiblesse
Elie et la brise légère : image reprise du site Théobule

Ce vendredi 10 juin, la première lecture de la messe était tirée de 1R 19 : texte célèbre dans lequel Dieu se révèle à Elie dans « le murmure d’une brise légère », et non pas dans l’ouragan, ni le tremblement de terre, ni le feu, ni la grandeur. Comme il paraissait le faire jusqu’alors dans d’autres apparitions, par exemple lors du don de la Loi au Sinaï :

« 16 Le surlendemain, dès le matin, il y eut des coups de tonnerre, des éclairs et une épaisse nuée sur la montagne, ainsi qu’un très puissant son de trompe et, dans le camp, tout le peuple trembla. 17 Moïse fit sortir le peuple du camp, à la rencontre de Dieu, et ils se tinrent au bas de la montagne. 18 Or la montagne du Sinaï était toute fumante, parce que le Seigneur y était descendu dans le feu ; la fumée s’en élevait comme d’une fournaise et toute la montagne tremblait violemment. 19 Le son de trompe allait en s’amplifiant ; Moïse parlait et Dieu lui répondait dans le tonnerre » (Ex 19,16-19).

A l’évidence, la manifestation de 1R 19 ne correspond guère à la compréhension que l’on avait habituellement des manifestations divines et que l’on peut résumer ainsi : la force d’une manifestation dit la grandeur du sujet qui la provoque. On est loin de ce qui apparaîtra dans l’œuvre de Paul avec une affirmation attribuée à Dieu, foncièrement différente : « ma force se déploie dans ta faiblesse » (2 Co 12,9).

Que faut-il penser ? Si l’on veut bien prendre le temps d’y réfléchir, qu’est-il le plus facile pour manifester sa grandeur : de déployer sa force ou bien de la retenir ? Et plus encore, de la retenir lorsqu’elle est provoquée, invitée à se déployer ? A l’évidence, la retenir, laquelle suppose, au-delà de la force fournie par les moyens, une force morale, celle de l’amour/charité :

« La charité est longanime ; la charité est serviable ; elle n’est pas envieuse ; la charité ne fanfaronne pas, ne se gonfle pas ; elle ne fait rien d’inconvenant, ne cherche pas son intérêt, ne s’irrite pas, ne tient pas compte du mal ; elle ne se réjouit pas de l’injustice, mais elle met sa joie dans la vérité. Elle excuse tout, croit tout, espère tout, supporte tout. La charité ne passe jamais » (1 Co 13,4-8).

Telle est bien la situation que Jésus a affrontée en faisant face à Pilate. Il choisit l’amour au pire moment de la Passion : « Penses-tu donc que je ne puisse faire appel à mon Père, qui me fournirait sur-le-champ plus de douze légions d’anges ? » (Mt 26,53).

C’est ainsi qu’une grande part de la révélation biblique se trouve précisément dans ce fait : Dieu choisit l’amour qui jamais ne s’impose, et donc la faiblesse des moyens. Et cette humilité va contribuer à dire en fait sa grandeur. Il est possible d’en multiplier les exemples, mais le plus probant est sans doute la naissance de Jésus dans une mangeoire : laquelle va donc quand même attirer non seulement des bergers, mais aussi des astronomes venus d’Orient, les fameux Mages. Avant de séduire une grande partie de la terre.

Bien sûr, cela n’est pas sans conséquences dans le cours de la vie du monde.

La croix et la résurrection de Jésus

L’aboutissement de cette « politique divine » se trouve en effet dans la Croix de Jésus, qui a toutes les apparences de l’échec. En particulier aux yeux de Judas, qui se suicide, mais aussi des autres disciples qui se dispersent. Et de fait, si l’on ne croit pas en la résurrection, alors ce fut un échec, à écarter résolument comme le font tant de nos contemporains :

« 14 Si le Christ n’est pas ressuscité, vide alors est notre message, vide aussi votre foi. 15 Il se trouve même que nous sommes des faux témoins de Dieu, puisque nous avons attesté contre Dieu qu’il a ressuscité le Christ, alors qu’il ne l’a pas ressuscité, s’il est vrai que les morts ne ressuscitent pas. 16 Car si les morts ne ressuscitent pas, le Christ non plus n’est pas ressuscité. 17 Et si le Christ n’est pas ressuscité, vaine est votre foi ; vous êtes encore dans vos péchés » (1 Co 15,14-17)

Il faut être clair : le choix de la faiblesse des moyens conduit souvent à la mort terrestre, et n’a de sens que si l’on considère qu’il est une autre force, celle de l’amour, qui doit primer. Est-elle de mise aujourd’hui, dans un contexte mondial où la guerre et la violence sont partout présentes sous des formes diverses ? C’est une autre question.

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