II. Points marquants
Dans ce contexte, voici les points qui retiennent mon attention.
- La rencontre de l’aubergiste à Toulouse. Elle aurait eu lieu en 1203, lors du voyage vers la Dacie (Suède) de Dominique avec son évêque Diègue, tous deux chargés par le roi d’Espagne de préparer un mariage. Là, passant par Toulouse, les deux voyageurs se seraient arrêtés pour dormir dans une auberge, et Dominique aurait passé la nuit à discuter avec leur logeur hérétique « pour le réduire à la foi catholique ». C’est en quelque sorte la première des joutes orales et intellectuelles, ou « disputationes« , que Dominique multipliera ensuite avec ses adversaires. C’était à ses yeux l’un des meilleurs moyens d’annoncer l’évangile.
- Il fut très vite complété par les suites de l’exemple donné à Palencia, à savoir la volonté de vivre pauvrement, qui deviendra « la pauvreté mendiante ». Elle s’actualise en effet en 1207, à l’occasion de la rencontre à Castelnau, en banlieue de Montpellier, de Dominique et de légats du pape arrivés eux en grande pompe. Dominique va les exhorter à abandonner bagages, serviteurs, soldats, pour aller à la rencontre du peuple les mains nues, comme semblaient le faire leurs adversaires hérétiques, les Parfaits, ce qui justifiait leur audience. Cette « Sainte Prédication » mendiante, itinérante, rend les propos des Prêcheurs indépendants de toute influence politique.
- Pour l’appuyer, Dominique va rassembler, à Prouilhe, en contrebas de Fanjeaux, des femmes, plusieurs issues de la noblesse locale hérétique, décidées à abandonner leurs maîtres et à soutenir la prédication itinérante. L’histoire voit volontiers en elle les prémices de ce qui deviendra le premier monastère de dominicaines, que Dominique a donc institué avant même d’avoir donné le jour à l’Ordre des Prêcheurs en 1216 à Toulouse. Les frères gardent aujourd’hui encore ce lien privilégié avec leurs sœurs moniales.
- Derrière une telle fondation, on perçoit la volonté de Dominique d’appuyer la prédication sur la vie commune et la prière, telles qu’il en avait eu l’usage et le goût dans le Chapitre d’Osma. Elle reste une caractéristique essentielle de la vie des femmes et des hommes de l’Ordre des Prêcheurs aujourd’hui.
Un dernier mot, sur un au-delà de la vie de Dominique. J’ai signalé qu’il avait fondé l’Ordre en 1216, par le biais d’une reconnaissance papale actée par Honorius III, et qu’il est mort en 1221 à Bologne, soit cinq ans seulement après cette fondation. Dans cet intervalle, Dominique n’a rien écrit, sinon deux lettres de réconciliation avec des pécheurs, et peut-être quelques lignes des Constitutions primitives : il s’est totalement donné à la prédication, toujours sur la base de la Disputatio, destinée à convaincre, mais jamais à travers une quelconque violence.
Quoi que certains en aient dit à une époque, Dominique n’a donc pas participé, moins encore fondé l’Inquisition, née en 1233 en France, dix ans après sa mort. Dont les historiens les plus sûrs reconnaissent d’ailleurs aujourd’hui qu’elle a été très caricaturée : mais c’est une autre histoire, un autre chapitre.