Frères et sœurs, pouvez-vous vous imaginer aujourd’hui disant à telle ou telle personne de votre entourage : « si vous ne vous convertissez pas, vous périrez » ? C’est bien pourtant dans l’évangile de ce jour ce que dit Jésus à ceux qui l’entourent. Le propos semble violent, et il était peut-être nécessaire de le formuler ainsi à l’époque, mais certaines observations conduisent à le tempérer :
En premier lieu, le fait que les morts que Jésus évoque ne le sont pas du fait de leur péché, mais de la folie d’un dictateur ou d’accidents de la nature.
En deuxième lieu, le fait que Jésus évoque manifestement la mort spirituelle et non la mort physique de ceux auxquels du temps est donné et qui ne le saisissent pas.
Enfin, avec l’addition de la parabole du figuier qui suit les avertissements, il ressort qu’un temps supplémentaire est donné à la conversion avant tout châtiment.
Quoi qu’il en soit, il me semble que, derrière la dureté de son propos, Jésus veut manifester que ses contemporains font face à une urgence. Laquelle n’est pas la même pour nous, au moins dans nos esprits et notre pays, où la perspective d’une mort prochaine voire immédiate apparaît souvent lointaine, et où son annonce ne produirait que peu d’effets.

S’il est donc difficile pour nous aujourd’hui d’invoquer cette mort prochaine comme fondement d’une conversion, il existe peut-être d’autres manières d’en dire l’urgence : par exemple parce que la rencontre avec Jésus permet de faire partie d’un corps, celui de l’Église, fût-il abîmé, et de rompre ainsi la solitude ; ou parce qu’elle permet de trouver consolation dans l’épreuve ; ou encore de mieux discerner et comprendre l’évolution de notre monde. Ce sont là toutes choses que la rencontre avec Jésus et l’accueil de son Esprit favorisent et qui contribue à pacifier les esprits.
Frères et sœurs, l’urgence de la conversion garde donc toute son actualité, sur de nouveaux fondements qu’il faut sans cesse rappeler à nos contemporains. Souvenons-nous en alors que, avec le temps de l’Avent et à l’approche de Noël, les textes de notre liturgie ne cesseront de rappeler cette urgence.
Prédication donnée au couvent des Dominicains de Montpellier le samedi 26 octobre, sur Luc 13,1-9