En 2020, je publiais à compte d’auteur un essai dont je reste fier et dont je pense qu’il est plus que jamais d’actualité : « La gratuité n’a pas de prix » (1). Dans cet ouvrage, j’essaie de montrer que, comme en témoignent largement les commentaires et les recherches en ligne, la gratuité constitue une quête qui habite le cœur des hommes. Mais on ne cesse de se méprendre sur elle.

Dans notre société numérique, où tout s’achète ou se vend, la gratuité est pensée en termes de chiffres, d’évaluation, aux dépens de la rigueur et de la profondeur des contenus. Comme je l’écris dans l’introduction du livre : « Aujourd’hui les qualités, au même titre que les quantités, s’évaluent, se pèsent, se comparent ; les statistiques et les sondages « mesurent l’opinion » ; les qualités et les vertus ont laissé la place aux « valeurs » ; l’intérêt d’une émission télévisée n’est plus établie d’après son contenu, mais son « indice d’écoute » ; les personnalités sont jaugées d’après ce que les médias appellent des « baromètres » ; la dignité humaine est fonction du rendement, du salaire, de la valeur ajoutée possible etc. »
Pour nous chrétiens, et plus généralement pour le lecteur de la Bible, la vraie gratuité ne se trouve qu’en Dieu, « lui qui ne compte pas (cf. 2 Samuel 24,1-10 sur le recensement du peuple), mais qui compte sur nous« . Elle trouve son sommet et sa parfaite réalisation dans l’offrande que Jésus fait de sa vie sur la croix. Mais, par la grâce de cet Esprit que Dieu ne cesse de répandre au plus profond des cœurs quels qu’ils soient, nous nous approchons de cette gratuité dans tous ces gestes, ces attentions, ces renoncements, cette compassion que nous accordons à celui que la parabole du Bon Samaritain (Luc 10,29-37) appelle le prochain. Celui dont nous nous faisons proche.
Là s’observe et se vérifie la vraie gratuité. Alors que j’écris ce billet le Mercredi des Cendres, à l’aube du Carême, et face à tous les exemples qui nous sont donnés d’une fausse gratuité (telle celle que propose le Tentateur à Jésus aux débuts de son ministère : cf. Luc 4,1-13), de la négligence ou du mépris de la semence de vraie gratuité que Dieu pose dans chaque cœur, osons le partage, osons la prière, osons le jeûne. Osons l’amour du prochain.
- Disponible chez Books on Demand (bod.fr) au prix de 12 euros + frais d’envoi en version imprimée, et de 8,99 euros au format ebook. Vous pouvez aussi le commander chez votre libraire habituel. Je signale aux habitants de Montpellier que je dispose encore de 4 exemplaires imprimés que je propose à 10 euros.