Frères et sœurs, à quoi vous fait penser le temps du Carême ? Comme il commence avec le Mercredi des Cendres, on met souvent l’accent sur le jeûne et l’abstinence, et on pense privations ou renoncements. Du genre d’un, pardonnez-moi l’expression un peu brute, « il va falloir se serrer la ceinture ». Je voudrais plutôt vous le présenter comme une remise en forme.
Il l’est déjà par ce jeûne emblématique. Pour ce que j’en lis ou sais aujourd’hui, il semble qu’il soit tout à fait bénéfique pour la santé corporelle. Y recourir régulièrement constitue un bien. Mais au-delà de cette dimension corporelle, le chemin du Carême vise aussi et surtout une remise en forme spirituelle. En révisant ce que sont et devraient être nos priorités.
Voyez celles que le Tentateur propose à Jésus au début de sa vie publique. Notre monde les connaît bien : satisfaction individuelle, puissance politique, exploits personnels. Toutes tournées vers soi. Mais si l’on veut parvenir au pays ruisselant de lait et de miel tel celui qu’évoque Moïse dans la première lecture, il faut placer nos attentes ailleurs que dans ces biens recherchés à titre individuel.
Une amie m’a dit un jour une petite phrase toute banale et que je n’ai jamais oubliée pour sa simplicité même : « Pour recevoir en abondance dans tes mains, il faut d’abord qu’elles soient vides ». Le Carême veut nous proposer un chemin pour nous vider de nous-mêmes afin d’ouvrir nos mains et nos cœurs à Dieu et à nos frères. Avec pour moyens privilégiés, la prière, le jeûne et l’aumône.

Au lieu de les considérer avec distance, voire suspicion, prenons-les comme des occasions d’une remise en forme salutaire qui mette l’accent sur le service de Dieu et de notre prochain. Ainsi, le Carême va-t-il nous apparaître comme chemin et déjà accueil de la vraie vie, celle vers laquelle Jésus veut nous reconduire et qu’il retrouve par sa résurrection.
Frères et sœurs, au diable les faces de Carême. Bien au contraire, comme nous y avons été invités lors du Mercredi des Cendres, parfumons-nous la tête et lavons-nous le visage : nous allons vers la vie !
Textes : Dt 26, 4-10 ; Rm 10, 8-13 ; Lc 4,1-13